De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/155

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[original French]

l'imagination des premiers peuples fit tout d'abord un sujet externe, animal, soleil ou ciel, auteur et gardien de la loi, adoré sous le nom de Dieu. Le christianisme, venu dans un temps de malheur, a tiré ensuite de ce concept toutes les conséquences dont il était gros ; et c'est à son influence qu'est dû le peu de dignité qui distingue, depuis dix ans, la société française.

In medias res, comme dit Horace. J'ai posé la question sur un fait : je vais la démontrer par l'histoire.


CHAPITRE II
Identité de la dignité personnelle et de droit chez les anciens : subordination de l'idée religieuse.

III. — Si l'on étudie avec attention le système des institutions sociales chez les anciens, on ne tarde pas à s'apercevoir que ce système reposait tout entier sur deux idées subordonnées l'une à l'autre : la Justice, qui concernait le sujet humain, dérivant de lui seul, formulée et organisée pour lui seul ; et la Religion, relative à l'être surnaturel, auteur supposé des lois et formules juridiques, d'après la suggestion mystique de la conscience.

Chez les races gréco-latines, qui firent toujours passer le pouvoir religieux ou sacerdotal après le pouvoir politique et judiciaire, sans les séparer toutefois d'une-manière radicale, le Droit fut la même chose que la dignité ou prérogative personnelle ; la Religion était la garantie, la caution, pour ainsi dire, fournie parles dieux, de cette même prérogative, dont la loi, émanée d'eux-mêmes, n'était que la détermination. La dignité, comme la volonté, la liberté, étant indéfinie de sa nature, la Religion intervenait avec ses préceptes pour lui imposer des conditions et des bornes.

Ainsi le Droit, la chose capitale de la société, avait le pas sur le culte, qui lui servait d'étai. La même subordination s'observait entre le magistrat, organe de la Justice, chargé de dire le droit, juri dicundo, d'après la formule consacrée, et le prêtre, ministre ou héraut de la garantie

[English translation]

the imagination of the first peoples made into an external subject, an animal, the sun, or the sky, author and keeper of the law, worshiped under the name of God. Christianity arriving at a time of misfortune, later on drew from this concept all the consequences with which it was pregnant; and the lack of dignity that has distinguished French society for a decade now is due to its influence.

In medias res, as Horace said. I asked the question about one fact: I will demonstrate by way of history.


CHAPTER II
Identity of personal dignity and right among the ancients: subordination of the religious idea.

III. — If one studies the system of social institutions among the ancients attentively, one quickly realizes that this whole system is based on two ideas that are subordinate to one another: Justice, which concerned the subject human derived from alone formulated and organized to itself; and Religion, relative to the supernatural being, the supposed author of the laws and legal formulas, according to the mystical suggestion of the conscience.

In Graeco-Latin races, which were always able to spend the religious or priestly after political power and the judiciary, without separating them in a radical manner, Right was the same thing as dignity or personal prerogative; Religion was the guarantee, the guarantor, so to speak provided gods, the same prerogative, which, by law, emanated from themselves, being nothing but the determination. Dignity, like will, like freedom, being indefinite in its nature, Religion intervened with its precepts to impose conditions and bounds.

Thus law, the capital fact of society, had its step on the cult that eventually served it. The same subordination existed between the judge, the body of Justice, which is responsible for the law, juri dicundo, according to the formula, and the priest, minister or herald of the divine guarantee,

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