De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/156

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[original French]

divine, chargé d'en découvrir le signe dans le vol des oiseaux et les entrailles des victimes.

La langue latine témoigne vivement de la formation de ces idées, disons mieux, de ces pouvoirs, et de leur subordination.

Le droit, en latin jus, est, d'après la définition des auteurs, ce qui est propre ou qui a rapport à chacun, jus est suum cuique tribuere. C'est, en chaque individu pris comme centre d'action, sujet d'inhérence indépendant et souverain, ce qui constitue l'ensemble de son être, soit comme faculté, attribution, prérogative, convenance; soit comme moyen d'action et de jouissance, apanage, propriété.

C'est ce que rend sensible la série des vocables formés du radical ju, dont jus, juris est la substantification : jugis, jugum, jungere, juger, juvare, jubere contracté de jusha-bere, juxtà, etc. Dans tous ces mots, le thème ju exprime adéquateté, connexité, continuité, inhérence, juxtaposition, congruence, convenance, conformité, propriété, attribution, justesse. Il est absurde de dériver jus, de Jous, Jovis, le même que Zeus ou dies, diù, djoù, comme si le droit était la pensée de Jupiter (pourquoi pas de Junon?) ; plus absurde encore de faire venir Jovis de Jéhovah.

En français, de même qu'en latin, on dit qu'une chose est juste, qu'elle va, qu'elle joint, quand elle s'adapte avec précision à une autre pour laquelle elle est faite, Et tel me paraît être le sens primitif de l'allemand recht, traduit plus tard par directum, duquel nous avons fait droit. Recht est ce qui va droit, recta, comme dit Molière dans Pourceaugnac :

Votre fait
Est clair et net.
Et tout le droit
Conclut tout Droit.

De là notre mot droiture, qui cadre si bien avec allures, tournures et mesures, traductions littérales des mots par lesquels le grec et le latin expriment les mœurs. C'est abuser de la métaphore que de prendre texte de semblables expressions pour définir le Droit, comme a fait M. Oudot, la Direction de la liberté par l'intelligence.

Pour en finir avec l'étymologie de jus, j'observerai que

[English translation]

to discover the sign in the flight of birds and the entrails of sacrificial victims.

The Latin language strongly reflects the formation of these ideas, or to put it better, these powers, and their subordination.

Right, in Latin jus, is, according to the definition of the authors, that which is proper or which belongs to each, jus est suum cuique tribuere. It is, in each individual taken as the center of action, subject to an inherence that is independent and sovereign, that constitutes the totality of its being, whether as a faculty, an attribution, a prerogative, a suitability, or as a means of action and enjoyment, a prerogative, a property.

This is what the series of terms formed from the radical ju renders sensible, of which jus, juris is the substantification: jugis, jugum, jungere, juger, juvare, jubere, the contraction of jushabere, juxtà, etc. In all these words, the theme ju expresses adequacy, connexity, continuity, inherency, juxtaposition, congruence, suitability, conformity, property, attribution, accuracy. It is absurd to derive jus from Jous, Jovis, the same as Zeus or dies, diù, djoù, as if law were the thought of Jupiter (why not of Juno?); still more absurd to derive Jovis from Jehovah.

In French, just as in Latin, one says that a thing is right [juste], that it works, that it fits, when it adapts precisely to that for which it is made, and such appears me to be the primitive sense of the German recht, translated later by directum, from which we made the word right [droit]. Recht is the source of right, recta, as Molière says in Pourceaugnac:

Your case is clear
and plain to see.
And so all law [droit]
concludes directly [tout Droit].

From thence comes our word "uprightness," which tallies so well with bearing, shaping and measure, literal translations of the words by which the Greek and Latin express manners. It is to misuse the metaphor to take text of similar expressions to define Right, with M. Oudot, as the direction of freedom by the intelligence. To finish with the etymology of jus, I will observe that

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