De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/158

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/158/157 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/158/159

[original French]

deux termes pour lui synonymes, comme le montre la définition de Cicéron, et comme on le voit par le rapprochement des radicaux, δικη, justice, decus, honneur, dignitas, dignité.

Dans ces conditions, peut-on dire que la Justice existe?

Est-ce de la Justice que ce sentiment postiche, inspiré par la crainte des dieux et dans l'intérêt commun, communi utilitate comparatâ, de respect pour le droit d'autrui comme pour le sien ?

Ce n'est pas rien assurément que cette sanction d'un pouvoir supérieur, pris à témoin et comme garant du droit de chacun, protecteur de la dignité de tous, tant qu'elle se tient dans les limites posées par la loi, c'est à dire par les paroles ou formules sacrées (lex de lego, je parle). Et nous pouvons soupçonner déjà que la contemplation du surnaturel trahit quelque chose de naturel qui ne se montre pas encore, mais qui apparaîtra sans doute à fur et mesure de l'éducation des âmes et du progrès de l'humanité.

Mais, quelque espoir que nous en concevions pour l'avenir, la religion, symbole de la Justice, n'est pas la Justice. Elle la supplée, que dis-je? elle la supplante, elle en implique la négation, puisqu'elle la remplace; et vienne le jour où, la critique ayant soufflé sur la foi, la religion sera écartée, la Justice sera perdue, et la morale, et la société avec elle.

Mais ne devançons pas les événements.

Chez tous les peuples, le Droit se pose donc, au début, «omme dignité personnelle, placée sous- l'égide de la religion; et la Justice est le respect de ce Droit. C'est ainsi que les voyageurs l'ont retrouvée chez les sauvages de l'Océanie. Le tabou est la consécration publique des personnes et des objets que l'on veut préserver de toute atteinte en les affranchissant du risque de guerre et du commun usage. Dans une superstition d'anthropophages, se découvre l'origine de la Justice et des lois.

Qu'est-ce maintenant que cette religion ? Qu'on me permette encore une étymologie : c'est dans les mots que se trouve la raison des mœurs, le secret des croyances et la clef de l'histoire.

V. — Le mot religion, sur lequel on a débité et l'on dé-

[English translation]

two synonymous terms for him, as evidenced by Cicero’s definition, and as seen by the approximation of the radical δίκη, justice, decus, honor, dignitas, dignity.

Under these circumstances, can we say that justice exists?

Is it from Justice that this artificial feeling inspired by the fear of the gods in the common interest, communi utilitate comparatâ, of respect for the rights of others as for one’s own?

This is certainly not anything that this sanction of a higher power, taken as a witness and guarantor of the dignity of all, as long as it takes place within the limits laid down by law, that is to say, through sacred words or formulas (lex from lego, I speak). And we can suspect that already contemplating the supernatural betrays something natural which does not yet, but that appears likely to gradually extent of the education of souls and progress of mankind.

But whatever the hopes we may nourish for the future, religion, the symbol of Justice, is not Justice. It supplements – what shall I say? – it supplants Justice, and it implies the negation of Justice, since it replaces Justice; come the day when, critique having blown faith away, religion is rejected, Justice will be lost, and morality, and society with it.

But let us not get ahead of ourselves.

Among all peoples, therefore, Right is posited, from the very beginning, as personal dignity, under the auspices of religion, and Justice is the respect for this Right. Thus travelers have found among the savages of Oceania. The taboo is the consecration service of people and objects that we want to preserve in any infringement of the awful danger of war and the common usage. In a cannibal superstition is to be found the source of justice and law.

What is this religion now? Allow me another etymology: it is in words that we find the reason of manners, the secret of beliefs, and the key to history.

V. — The word religion, that has been charged and that we still

<references/>