De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/159

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[original French]

bite encore liant de fadaises, ne signifie pas lien ou liaison, comme l'ont cru à première vue les étymologistes, qui se sont empressés de'faire la religion synonyme de sociabilité. Religio, religare, relier, cette homonymie fait fureur. Depuis le 2 décembre, date apparemment de notre renaissance religieuse, je l'ai rencontrée plus de trente fois. Elle est devenue, pour beaucoup de gens sans religion, un argument décisif en faveur d'une religion ou réligation nouvelle. Mais, je le répète, ni le mot religion ne signifie lien, ni la chose qu'il exprime n'est l'union ou la communion des âmes, bien que la religion ne se conçoive guère sans une foi commune et un signe de ralliement. Les anciens étaient fort peu socialistes. La religion, quoiqu'elle recommandât la Justice, parfois même la charité, n'était nullement en eux une inspiration de la philanthropie ; et c'est avec peu d'intelligence que les nouveaux mystiques, pour' faire passer leurs théories sociétaires, ressassent une idée qui n'exista jamais que dans leur cerveau, et qui prouve tout juste que la religion est morte, l'inintelligence du vocable indiquant la mort de l'idée.

Religio, ou relligio, dont le radical lig reparaît dans p-lic-are, f-lec-tere, supp-lic-are, ployer, courber, et par dérivation, lier, est .un vieux mot qui veut dire inclinaison du corps, révérence, courbette, génuflexion. On s'en servait exclusivement pour désigner l'hommage de l'homme à l'autorité divine. Les auteurs latins ne le prennent jamais dans un autre sens. La question méritant d'être éclaircie, je citerai quelques textes.

Relligio deorum est une expression courante, qui évidemment ne signifie pas, l'association ou la république des dieux, dont les hommes ne s'inquiétaient guère, mais bien le respect des dieux, qui, pour les raisons que j'ai dites, leur importait beaucoup plus.

Quand le mot relligio est employé seul, le génitif deorum est toujours sous-entendu, comme dans ce vers :

Tantum relligio potttit madère malorum !
Tant la religion put conseiller de crimes !

Le poète parlant d'une guerre religieuse et des massacres qui l'accompagnèrent, il est clair que la religion ne

[English translation]

with being nonsense, does not signify a bond or a connection, as had been thought at first glance by etymologists who rushed to make religion synonymous with sociability. Religio, religare, relier, this homonymy arouses passion. Since Dec. 2, the apparent date of our religious revival, I have come across more than 30 instances of it. It has become, for many people without religion, a decisive argument in favor of a new religion or religation. But, I repeat, the word religion neither signifies a bond, nor is the thing that it expresses unity or communion. Souls, although religion does not develop without a common faith and a rallying sign. The ancients were no great socialists. Religion, while commending Justice, even charity, was not in them an inspiration of philanthropy; and it is with some shrewdness that the new mystics, in order to promote their social theories, harp on an idea that never existed in their brains, and that only proves that religion is dead, the misunderstandings of the term indicating the death of the idea.

Religio, or relligio, of which the radical lig reappears in p-lic-are, f-lec-tere, supp-lic-are, to bend, to curl, and by derivation, to bind, is an old word which means inclination of the body, reverence, bowing, genuflection. It is used exclusively to describe man’s homage to divine authority. The Latin authors would never have taken it in another sense. The matter merits clarification; I shall cite a few texts.

Relligio deorum is a common expression, which obviously does not signify the association or republic of the gods, with which men are little concerned, but respect for the gods, which, for the aforementioned reasons, they are much more so.

When the word relligio is used by itself, the genitive deorum is always implied, as in this verse:

Tantum relligio potuit suadere malorum!
How religion can counsel crimes!

The poet speaking of a religious war and the massacres that accompanied it; it is clear that religion may not

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