De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/162

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[original French]

tius. C'est pour cela que le mot pins, pietas, sert à exprimer l'affection filiale et la tendresse paternelle. Dans la paternité, dit Tertullien, ce qu'il y a de plus doux n'est pas l'autorité, c'est la piété : Gratins est nomen pietatis qnàm potestatis. Les passages de Papinien et des Pandectes expriment la même idée.

Suétone remarque de Tibère, 69, qu'il était circa deos negligentior, quippe addictus mathematicœ, persuasionisque plenus cuncta fato agi, " très négligent des dieux, adonné " qu'il était à la magie, et plein de l'idée que tout est gou- ." verné par le destin. „ Ne semble-t-il pas que Suétone continue la pensée de Virgile, en marquant l'abîme qui séparait le religieux, le pieux Auguste, de son indévot successeur? En effet, si tout arrive fatalement, les dieux sont inutiles, et leur religion une duperie.

Un dernier exemple. Tite-Live, liv. v, c. 21 et 28, raconte que Camille, assiégeant une place, avait promis à l'Apollon de Delphes le dixième du butin. Les envoyés qui portaient l'offrande ayant été, pendant la traversée, pris par des pirates et conduits à Lipara, la part du dieu allait passer aux mains des corsaires, quand le chef remontra aux siens qu'ils feraient mieux de s'abstenir d'un objet consacré, et de renvoyer libres les messagers romains. Tant, ajoute l'historien, il sut pénétrer la multitude d'une juste religion, "ustâ religione implevit. Le droit des gens n'existant pas pour les pirates, il n'y avait que la considération des dieux qui pût les décider à un tel sacrifice. Où diable, aurait dit Molière, la religion va-t-elle se nicher?

J'ai rapporté tout à l'heure la synonymie de pins et de religiosus. En voici une autre qui répand sur la question un nouveau jour : c'est celle de relligio et timor, verecun- dia, reverenlia, la crainte. D'où provenait ce respect particulier de l'homme pour la Divinité? D'un sentiment de crainte, ainsi que Lucrèce l'a dit dans ce vers :

Primas in orbe Deos fecit timor...

" C'est la crainte qui a fait les dieux dans le monde. „ Seulement Lucrèce se trompait en rapportant cette crainte à une impression physique : elle était l'effet du sentiment de Justice qui, dans toute aine neuve, n'est pas sans un

[English translation]


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