De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/18

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[original French]

différente de la sienne, c'est ce qui semble au premier abord inexplicable. Le simple peut-il voir le composé? Cela répugne. En y réfléchissant toutefois, on reconnaît que c'est précisément cette différence de nature qui rend les objets perceptibles à l'esprit, et les lui soumet. Car il les voit, remarquons-le bien, non dansleur substance, qu'il ne peut concevoir autrement que comme simple (atomis- tique), à l'instar de lui-même, et qui par conséquent lui échappe; il les voit dans leur composition et leurs différences. L'intuition de l'esprit, Son action sur les objets, tiennent ainsi à deux causes: par son acuité, il les divise et les différencie à l'infini; puis, par sa simplicité, il ramène toutes ces diversités à l'unité. Ce que l'esprit voit dans les choses, ce sont leurs différences, espèces, séries et groupes, en un mot leur raison, et c'est parce qu'il est esprit, parce qu'il est simple dans son essence, qu'il voit tout cela. Ce que l'esprit ne saurait découvrir, c est la nature ou l'en soi des choses, parce que cette nature, dépouillée de ses différences, de son unité de composition, etc., devient alors comme l'esprit lui-même, quelque chose de simple, d'amorphe, d'inaccessible, d'invisible.

La conséquence de tout ceci est facile à saisir. L'esprit mis en présence des choses, le moi en communication avec le non-moi, en reçoit des impressions et des images; il saisit des différences, dès variations, des analogies, des groupes, des genres, des espèces : tout cela est le fruit de sa première aperception. Mais l'esprit ne s'arrête point là ; et la représentation des choses ne serait pas complète dans sa pensée, elle manquerait de fond et de perspective, si l'esprit n'y ajoutait du sien encore quelque chose.

En voyant donc cette diversité infinie des choses, diversité telle, que chaque chose semble se dénoncer elle-même comtae ayant pu être tout autre qu'elle n'est, l'esprit, qui se sent un, à l'inverse des choses, conçoit ''Un, l'Identique, l'Immuable, lequel ne se découvre nulle part;

En observant la contingence des phenomènes, l'esprit conçoit le Nécessaire, qu'il ne trouve pas davantage: heureux, s'il ne s'avise pas de l'adorer sous le nom de Destin!

En prenant les dimensions comparatives des objets et fixant leurs limites, il conçoit l'Infini, qui n'a rien non plus de réel;

[English translation]

different from itself is what seems at the first abord inexplicable. Can the simple see the composite? That repels us. On reflection, however, we recognize this it is precisely that difference of nature which renders objects perceptible to the mind, and subjects them to it. For it sees them, remark it well, not in their substance, which it cannot conceive as other than simple (atomistic), after its own example, and which consequently escapes it; it sees them in their composition and their differences. The intuition of the mind, its action on objects, comes thus from two causes: by its acuity, it divides them and differentiates them infinitely; then, by its simplicity, it restores all these diversities to unity. What the mind sees in things is their differences, species, series and groups, in a word their reason, and it is because it is mind, because it is simple in its essence, that is sees all that. What the mind cannot discover is the nature or the in itself of things, because that nature, laid bare of its differences, of its unity of composition, etc., becomes then like the mind itself, something simple, amorphous, unapproachable and invisible.

The consequence of all this is easy to grasp. The mind put in the presence of things, the moi in communication with the non-moi, in receipt of impressions and images; it grasps differences, variations, analogies, groups, genera, species: all that is the fruit of its first perception. But the mind does not stop there; and the representation of things would not be complete in its thought, it would lack basis and perspective, if the mind did not add something more of its own.

In seeing then that infinite diversity of things, such a diversity that each thing seems to denounce itself as having been able to be completely different than it is, the mind, which feels itself single, in opposition to things, conceives the One, the Identical, the Immutable, which is not to be found;

By observing the contingency of phenomena, the mind conceives the Necessary, which it does not find either: lucky, if it did not decide to adore it under the name of Destiny!

In taking the comparative dimensions of objects and establishing their limits, it conceives Infinity, which is no more real;