De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/19

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[original French]

En suivant, dans sa conscience, les révolutions du temps, et mesurant la durée des existences, il conçoit l'Eternel, qui ne se peut dire d'aucune, personne ni d'aucune chose;

En reconnaissant l'indépendance mutuelle des créatures, il se conçoit lui-même comme supérieur aux créatures, et il affirme son Libre Arbitre et sa Souveraineté, dont rien encore ne peut lui donner le modèle;

En voyant le mouvement, il conçoit l'Inertie, une hypothèse sans réalité; en calculant la vitesse, il conçoit la force, qu'il ne saisit jamais;

En constatant l'action des êtres les uns sur les autres, il conçoit la Cause, dans laquelle J'analyse ne lui fait saisir qu'une contradiction;

En comparant les facultés des uns aux propriétés des autres, il conçoit la Vie, l'Intelligence, l'Ame; et par opposition, la Matière, la Mort, le Néant: des abstractions ou des fictions? il n'en sait rien;

En classant et groupant les créatures selon leurs genres et espèces, il conçoit l'Universel, supérieure toute collectivité;

En calculant les rapports des choses, il conçoit la Loi, dont la notion lui donne immédiatement celle d'un Ordre du monde, bien que dans le monde il y ait lutte partout, et conséquemment autant de désordre que d'ordre;

Enfin, en réprouvant, selon la pureté de son essence, tout ce qui lui paraît hors de proportion, petit, mesquin, monstrueux, discordant et difforme, il conçoit le Beau et le Sublime, en un mot l'Idéal, qu'il est condamné à poursuivre toujours, sans en jouir jamais.

Toutes ces conceptions de l'esprit, fameuses dans l'Ecole sous le nom de catégories, sont indispensables pour la compréhension des choses ; le raisonnement est impossible sans elles: cependant elles ne résultent pas de la sensation, puisque, comme on voit, elles dépassent la sensation, l'image percue, de toute la distance du fini à l'infini. Ce qu'elles tiennent de la sensation, se sont les points de vue divers qui ont servi à les former antithétiquement; point de vue de la diversité, point de vue de la contingence, point de vue de la limite, etc. A cela près, les catégories ou conceptions de la raison rentrent toutes les unes dans les autres, eUes sont adéquates les unes aux autres et

[English translation]

In following, in its consciousness, the revolutions of time, and measuring the duration of existences, it conceives the Eternal, which cannot be said of any person or any thing;

In recognizing the mutual independence of creatures, it conceives of itself as superior to the creatures, and affirms it Free Will and his Sovereignty, of which nothing can yet give it the model;

In seeing movement, it conceives of Inertia, a hypothesis without reality; in calculating speed, it conceives of force, which it never grasps;

In noting the action of being on one another, it conceives of Cause, in the analysis of which it only grasps a contradiction;

In comparing the faculties of some to the faculties of others, it conceives of Life, Intelligence and Soul; and by opposition, Matter, Death and Nothingness: abstractions or fictions? it does not know;

In classing and grouping creatures according to their genera and species, it conceives the Universal, superior to every collectivity;

In calculating the relations of things, it conceives of Law, the notion of which immediately gives it that of an Order of the world, although there has been struggle everywhere,and consequently as much disorder as order;

Finally, in condemning, according to the purity of its essence, all that appears to it out of proportion, small, mean, monstrous, discordant and deformed, it conceives the Beautiful and the Sublime, in a word the Ideal, which it is condemned to follow always, without ever enjoying it.

All these conceptions of the mind, famous in the School under the name of the categories, are indispensables for the understanding of things; reasoning is impossible without them: while they do not result from sensation, since, as we see, they exceed sensation, the perceived image, by all the distance from the finite to infinity. What they take from sensation are the various points which have served to form them antithetically; the point of view of diversity, of contingency, of the limit, etc. Except, the categories or conceptions of reason all merge in with one another; they are adequate to one another and