De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/22

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[original French]

raison des choses, n'est à autre fin que de nous faire découvrir cette raison, et que son objet est exclusivement spéculatif. Déjà, en montrant que ces conditions sont celles du sens commun, sa certitude la même pour tous, ses conceptions les plus élevées de même forme et qualité que ses propositions les plus élémentaires, nous avons eu occasion de relever son caractère éminemment positif, son esprit égalitaire, sa tendance démocratique et antimystique. C'est la philosophie, ayons-nous dit, qui a fait la révolution française, en déduisant, de sa propre et pure essence, le principe de l'égalité civile et politique. Puis, nous avons confirme cette donnée en ruinant par la base toutes les prétentions de la transcendance, et prouvant qu'en fait et en droit il n'y a rien pour l'esprit en dehors de l'observation, rien par conséquent à quoi ne puisse prétendre, par la vertu du simple bon sens, le commun des mortels.

La logique, c'est à dire la philosophie elle-même, exige davantage.

Dans la vie ordinaire, qui est celle de l'immense majorité et qui forme les trois quarts de la vie du philosophe, la connaissance des choses n'a de prix qu'autant qu'elle est utile; et la nature, notre grande institutrice, a été de cet avis, en nous donnant l'intelligence comme la lumière de nos actions et l'instrument de notre félicité.

La philosophie, en un mot, est essentiellement utilitaire, quoi qu'on ait dit : c'est la sacrifier que d'en faire un exercice de pure curiosité. A cet égard, le témoignage universel a jugé sans appel. Le peuple, éminemment pratique, demandait à quoi servirait toute cette philosophie, et la manière d'en faire usage: et comme on lui répondait, avec Schelling, que la philosophie existe par elle-même et pour elle-même; que ce serait faire injure à sa dignité qu« de lui chercher un emploi, le peuple s'est moqué des philosophes, et tout le monde a fait comme le peuple. Philosopher pour philosopher, est une idée qui n'entrera jamais dans un esprit sain. Pareille prétention pouvait paraître excusable chez des philosophes qui cherchaient la raison des choses dans l'innéité du génie, chez des illuminés en communication avec les esprits. Mais depuis qu'il est prouvé que toute cette transcendance n'est qu'une calebasse, et que le philosophe a été déclaré sujet du sens com

[English translation]

reason of things, has no other end than to make us discover that reason, and that its object is exclusively speculative. Already, by showing that these conditions are those of common sense, its certainty the same for all, its highest conceptions of the same form and quality as its most elementary propositions, we have had occasion to recall its eminently positive character, its egalitarian spirit. And its democratic and anti-mystical tendencies. It is philosophy, we have said, which made the French Revolution, by deducing from its own pure essence the principle of civil and political equality. Then, we have confirmed that premise by destroying at the foundations all the pretentions of transcendence, and proving that in fact and in right there is nothing for the mind apart from observation, consequently nothing which ordinary mortals can claim by virtue of simple good sense.

Logic, which is to say philosophy itself, demands more.

In ordinary life, which is that of the immense majority and which forms three-quarters of philosophy, the knowledge of things has value only insofar as it is useful; and nature, our great schoolmistress, has been of the opinion, in giving intelligence as the light of our actions and the instrument of our felicity.

Philosophy, in a word, is essentially utilitarian, no matter what has been said: to make of it an exercise of pure curiosity us to sacrifice it. In that regard, universal testimony has judged without appeal. The people, eminently practical, asked what all that philosophy would serve, and the way to make use of it: and as one responded to them, with Schelling, that philosophy exist by itself and for itself; that it would be an injury to its dignity if one sought a use for it, the people have mocked the philosophers, and everyone has done as the people. Philosophy for philosophy's sake is as idea which would never enter into a sane mind. A similar pretention might appear excusable among philosophers who seek the reason of things in the inneity of genius, or among the illuminated in communication with the spirits. But since it has been proven that all that transcendence is only a calabash, and that the philosopher has been declared subject to common