De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/24

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[original French]

grâce à la raison philosophique, la parole prétendue divine est devenue douteuse, et la garantie céleste sujette elle-même à caution, que reste-t-il, sinon que l'homme trouve en lui-même la règle de ses actions et la garantie de ses jugements? C'est ce que les anciens philosophes avaient fort bien compris, et qu'ils cherchèrent si longtemps, sous le nom de critérium de certitude.

Ainsi le but de la philosophie est d'apprendre à l'homme à penser par lui-même, à raisonner avec méthode, à se faire des idées justes des choses, à formuler la vérité en jugements réguliers, le tout afin de diriger sa vie, de mériter par sa conduite l'estime de ses semblables et la sienne, et de s'assurer, avec la paix du cœur, le bien-être du corps et la sécurité de l'esprit.

Le critère de la philosophie, déduit de son utilité pratique, est donc en quelque sorte double : relativement à la raison des choses, qu'il nous importe de connaître telle qu'elle est en elle-même, et relativement à notre propre raison, qui est la loi de notre perfectionnement et de notre félicité.

Un principe de garantie pour nos idées ;

Une règle pour nos actions;

Comme conséquence de ce double critère et de l'accord de notre raison pratique avec notre raison spéculative, une synthèse de toutes nos connaissances et une conception suffisante de l'économie du monde et de notre destinée : voilà ce que nous doit la philosophie.

Mais où le trouver ce criterium? Autant la philosophie s'est montrée impuissante à découvrir la plus mince vérité à l'aide des notions métaphysiques seules, autant elle a été jusqu'à présent malheureuse à établir un principe qui, servant tout à la fois d'instrument critique et de règle d'action, donnerait en outre le plan de l'édifice scientifique et social, et par suite nous éclairerait sur le système de l'univers.

En ce qui concerne la règle du jugement, on s'est servi, à défaut d'un instrument authentique, et l'on se sert encore de différents principes, choisis arbitrairement parmi les axiomes qu'on suppose les plus capables de répondre au vœu de la philosophie. Tel est, par exemple, le principe de la contradiction, en vertu duquel le oui et le non ne

[English translation]

thanks to philosophical reason, the supposed divine word has become doubtful, and the celestial guarantee itself subject to caution, what remains, except that man finds in himself the rule of his actions and the guarantee of his judgments? This is what the ancient philosophers had understood very well, and that they sought so long, under the name of criterion of certainty.

Thus the aim of philosophy is to teach man to think for himself, to reason methodically, to make exact ideas of thing, to formulate truth in regular judgments, all in order to direct his life, to merit by his conduct the esteem of his fellows and himself, and to insure, with the peace of heart, well-being of the body and security of mind.

The criterion of philosophy, deduced from its practical utility, is thus in some sense double: relative to the reason of things, that it is important for us to understand such as it is in itself, and relative to our proper reason, which is the law of our perfection and our happiness.

A principle of guarantee for our ideas;

A rule for our actions;

As a consequence of this double criterion and of the accord of our practical and speculative reason, a synthesis of all our knowledge and a sufficient idea of the economy of the world and of our destiny: this is what philosophy must accomplish.

But where do we find the criterion? As much as philosophy has shown itself powerless to discovery the smallest truth with the aid of metaphysical notions alone, so much it has up to the present been unfortunate to establish a principle which, serving all at once as critical instrument and rule of action, would give in addition the plan scientific and social edifice, and later would enlighten us on the system of the universe.

In that which concerns the rule of judgment, we have been served, lacking an authentic instrument, and we continue to be served by different principles, chosen arbitrarily from among the axioms that we suppose most capable of responding to the wants of philosophy. Such is, for example, the principle of contradiction, by virtue of which yes and no