De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/25

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/25/24 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/25/26

[original French]

peuvent être affirmés simultanément, et au même point de Tue, d'une même chose. C'est le principe qui régit les mathématiques. Mais ce principe, qui au premier abord paraît si sûr, tant qu'on opère sur des quantités définies, a été jugé insuffisant vis-a-vis des sophistes qui s'en sont eux-mêmes prévalus pour soutenir que tout est vrai et que tout est faux, tant dans l'ordre ontologique que dans l'ordre moral, attendu que, dans les questions fondamentales, desquelles dépend la certitude de toutes les autres, on peut affirmer simultanément, avec une probabilité égale, le oui et le non... L'absence d'un principe supérieur, embrassant tout le contenu de l'esprit, paraît s'être fait sentir jusque dans les hautes mathématiques, dont on a justement critiqué le style, les définitions et les théories, bien qu'on n'en puisse contester, en fait, les résultats. De guerre lasse, on a imaginé de dire, après Descartes, que la garantie de nos jugements, c'est l'évidence 1 Et qu'est-ce qui fait qu'une chose paraît évidente?...

En ce qui touche la règle des actions, les philosophes ne se sont pas même donné la peine de rien essayer. Tous sont revenus, par quelque détour, à l'idée religieuse, comme si la philosophie et la théologie avaient justement ceci de commun, que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse. On a même dit, et l'on répète tous les jours, qu'un peu du philosophie éloigne de la religion, mais que beaucoup de philosophie y ramène, d'où il faut conclure que ce n'est vraiment pas la peine de philosopher. Si quelques aventuriers de la pensée libre ont abandonné la route battue, ils se sont perdus dans les fondrières de l'égoïsme.

Enfin, quant à l'unité des sciences, le désarroi est encore plus sensible. Chaque philosophe a bâti son système, quitte à la critique à montrer ensuite que ce système était une œuvre de marqueterie. C'est ainsi que, selon Thalès, l'eau est le principe de toutes choses; suivant d'autres, c'est l'air ou le feu; suivant Démocrite, les atomes. La philosophie, comme la langue, est matérialiste dans ses commencements : mais ce n'est pas là qu'est le danger; elle n'ira que trop loin dans l'idéal. Plus tard, en effet, on a invoqué tour à tour, comme principe des choses, l'amour, les nombres, l'idée; et la philosophie, d'abs-

[English translation]

cannot be affirmed simultaneously, and from the same point of view, for a single thing. It is the principle which rules mathematics. But that principle, which at first appears so sure, when we work with definite quantities, has been judged insufficient in regard to the sophists who are themselves prevailed upon to maintain that all is true and all is false, as much in the ontological as in the moral order, since, in the fundamental questions, on which depend the certainty of all the others, one can affirm simultaneously, with an equal probability, the yes and the no... The absence of a higher principle, embracing all the content of the mind, appears to make itself felt up to the highest mathematics, the style, the definitions and the theories of which have been justly criticized, though one cannot, in fact, contest the results. Wearied of struggle, we have thought to say, after Descartes, that the guarantee of our judgments is self-evidence? And what is it that makes that a thing appear self-evident?...

In that which concerns the rule of actions, the philosophers have not even taken the trouble to test anything. All have returned, by some detour, to the religious idea, as if philosophy and theology had exactly this in common, that the fear of God is the beginning of wisdom. It has even been said, and it is repeated every day, that a little philosophy leads away from religion, but that a lot of philosophy leads back to it, from which it is necessary to conclude that it is not truly the philosopher's problem. If some adventurers in free thought have abandoned beaten path, they have lost themselves in the mires of egoism.

Finally, as to the unity of the sciences, the distress is still more noticeable. Each philosopher has built his system, leaving it to critique to show that that system was a work of marquetry. It is thus that, according to Thales, water is the principle of all things; according to others, it is fire or air; according to Democritus, it is the atoms. Philosophy, like language, is materialist in its beginnings: but that is not where the danger lies; it will go only too long in the ideal. Later, indeed, one has invoked by turns, as the principle of things, love, numbers and the idea; and philosophy, from