De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/27

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[original French]

§ VIII. — Caractères que doit présenter le principe de garantie de nos jugements et la règle de nos actions. — Conversion de la raison spéculative en raison pratique : détermination du critérium.

Avant de passer outre, nous permettra-t-on de faire remarquer qu'il n'est pas d'artisan qui ne soit parfaitement en état de comprendre ce que se propose le philosophe, puisqu'il n'en est pas un qui, dans l'exercice de sa profession, ne fasse usage d'un ou de plusieurs moyens de justification, de mesure, d'évaluation, de contrôle? L'ouvrier a, pour se diriger dans ses travaux, le mètre, la balance, l'équerre, la règle, l'aplomb, le niveau, le compas, des étalons, des échantillons, des guide-âne, une pierre de touche, etc. Semblablement, il n'est pas d'ouvrier qui ne puisse dire la destination de son œuvre, à quel ensemble de besoins ou d'idées elles se rattache, quelle en doit être l'application, quelles en sont les conditions et qualités, conséquemment quelle en est l'importance dans l'économie générale.

Or, ce que l'artisan fait dans sa spécialité, le philosophe le cherche pour l'universalité des choses : son critère, par conséquent, doit être bien plus élémentaire, puisqu'il doit s'appliquer à tout; sa synthèse bien plus vaste, puisqu'elle doit embrasser tout.

Quel est donc ce mètre auquel doivent se rapporter toutes nos observations, d'après lequel nous jugerons, à priori, de l'harmonie ou de la discordance des choses, non

Sas seulement du rationnel et de l'irrationnel, du beau et u laid, mais, ce qui est plus sérieux et qui nous touche directement, du bien et du mal, du vrai et du faux? En second lieu, sur quelle base, d'après quel plan, en vue de quelle fin, allons-nous élever l'édifice de notre connaissance, de manière que nous puissions dire d'elle ce que Leibnitz disait du monde dont elle doit être l'expression, qu'elle est la meilleure, la plus fidèle, la plus parfaite possible?

Le jour où la philosophie aura répondu à ces deux questions, la philosophie, nous ne disons pas sera faite, puisque, soit comme observation ou investigation, soit comme science acquise, elle n'a pas de limites; mais elle sera

[English translation]

§ VII. — Qualifications that must be fulfilled by the principle guaranteeing our judgements and the rule for our actions. — Conversion of speculative reason into practical reason: determination of the criterium.

Before moving on, will you allow me to observe that there is no artisan who is not in a perfect position to understand what philosophy proposes, since there is not one who, in the exercise of his profession, does not make use of several means of justification, measure, evaluation and control? To guide him in his labors, the worker has the yardstick, the scale, the square, the rule, the plumb, the level, the compass, standards, specimens, guides, a touchstone, etc. Seemingly, there is no worker who cannot say the purpose of his work, the ensemble of needs or ideas to which it is attached, what its application must be, what its conditions and qualities are, and consequently its importance in the general economy.

Now, what the artisan does in his specialty, the philosopher seeks for the universality of things: his criterion, consequently, must be much more elementary, since it must be applied to all; his synthesis much broader, since it must embrace everything.

What, then, is the yardstick to which we must refer all our observations, according to which we will judge, a priori, the harmony or discord of things, not only of the rational and the irrational, the beautiful and the ugly, but, what is more serious and which concerns us directly, the good and the evil, the true and the false? In the second place, on what basis, according to what plan, in view of what end, will we raise the edifice of our knowledge, so that we can say what Leibniz said of the world of which it must be the expression, that it is the best, the most faithful, the most perfect possible?

When philosophy someday comes to respond to these two questions, we shall not say that philosophy will be finished, since, either as observation, investigation, or acquired science, it has no limits; but it will be