De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/29

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[original French]

Le principe de certitude ne peut pas être non plus simpliste, comme s'il émanait exclusivement du moi ou du non-moi; puisque, ainsi que nous l'avons vu, le sujet, sans un objet qui l'excite, ne pense même pas; et que l'objet, sans .la faculté qu'a l'esprit de le diviser, de le différencier et d'en ramener la diversité à l'unité, ne lui enverrait que des images inintelligibles. Les idées métaphysiques elles-mêmes ne peuvent servir de principe à la philosophie, bien qu'elles supposent des aperceptions réalistes. La raison en est que de telles idées, obtenues par l'opposition du moi au non-moi, reflétant sa nature simpliste, sont extra-phénoménales, et par elles-mêmes ne contiennent aucune vérité positive^ bien qu'elles soient indispensables à la formation de toute idée et à la construction de toute science.

Tenons donc pour certain, et attachons-nous fortement à cette idée, que ce que les philosophes cherchent sous le nom de criterium de certitude et qui doit servir à la construction de la science ne peut pas être une notion simpliste ou métaphysique ; que ce n'est pas davantage une image sensible, représentative d'une réalité pure, puisque ce serait exclure l'esprit de son propre domaine, et lui faire accomplir son œuvre sans qu'il y mît du sien ; que ce ne peut pas être, enfin, une formule ternaire, quaternaire, ou d'un nombre supérieur, puisque ce serait prendre la série à la place de son élément.


lalion ou antagonisme suceptible seulement d'équilibre. A ce seul point de vue, le système de Hegel tout entier serait à refaire. Il en est de même du syllogisme, dans lequel il n'y a aussi que deux propositions, dont l'équation se fait par le rapport des termes semblables, à peu près comme dans les proportions arithmétiques :

Tout Homme est mortel; or Pierre est Homme; donc, etc.

Exprimer la conclusion est ici inutile ; il suffit d'écrire correctement les prémisses. Prendre la triade pour une formule de la logique, une loi de la nature et de la raison, surtout pour l'archétype du jugement et le principe organique de la société, c'est nier l'analyse, livrer lu philosophie au mysticisme, et la démocratie à l'imbécillité. Il y paraît, du reste, par les fruits. La seule chose qu'on puisse attribuer à l'influence trinitaire est l'ancienne division de la société par castes, clergé, noblesse, roture, division antihumuine, contre laquelle a été faite la Révolution.

[English translation]

The principle of certainty cannot be simplistic any longer, as if it emanates exclusively from the self or the non-self; since, as we have seen, the subject, without an object which stimulates it, does not even think; and the object, without the faculty of the mind to divide, to differentiate and return diversity to unity, would only send itself unintelligible images. Metaphysical ideas themselves cannot serve as principle for philosophy, although they presuppose realistic aperceptions. The reason is that such ideas, obtained by the opposition of the self to the non-self, reflecting its simplistic nature, are extra-phenomenal, and by themselves contain no positive truth, although they are indispensable to the formation of every idea and the construction of every science.

Let us hold then as certain, and let us attach ourselves strongly to that idea, that what the philosophers sought under the name of criterion of certainty and which must serve in the construction of science cannot be a simplistic or metaphysical notion; that it is not any longer a sensible image, representative of a pure reality, since that would be to exclude the mind from its own domain, and to make it accomplish its work without putting itself into it; that it cannot be, finally, a ternary or quaternary formula, or one of a higher number, since that would be to take the series in the place of its element.