De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/31

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[original French]

aime est aimée de celle qu'elle aime, et que celle qui est aimée aime celle dont elle est aimée. Ce n'est même qu'à ces conditions que l'amour existe dans sa plénitude, et qu'il est de bon aloi. Qui donc encore une fois nous garantit que nous seuls avons la pensée, et, quand nous décrivons cette plante, quand nous analysons cette roche, qu'il n'y a pas en eux quelqu'un qui nous regarde?

On me dit que cela répugne; pourquoi?... que la pensée ne peut résulter que d'une centralisation organique; qu'ainsi, lorsque je regarde ma main, je suis bien sûr que ma main ne me regarde pas, parce que ma main n'est qu'une partie de l'organisme qui produit en moi la pensée, laquelle sert pour tous les membres; qu'il en est de même des plantes et des pierres, qui sont, comme les poils et les os de mon corps, des parties du grand organisme (lequel pense peut-être, s'il ne dort, nous n'en sa- rons rien), mais qui par elles-mêmes ne pensent pas.

Nous y voilà. Les analogies de l'existence nous induisent à supposer que, comme il y a dans l'être organisé un sensorium commun, une vie solidaire, une intelligence au service de tous les membres dont elle est la résultante et qui les exprime tous ; de même il y a dans la nature une vie universelle, une âme du monde, qui, si elle n'agit point au dehors, à la manière de la nôtre, parce qu'il n'y a pas de dehors pour elle et que tout est en elle, agit au dedans, sur elle-même, au rebours de la nôtre, et qui se manifeste en créant, comme le mollusque crée sa coquille, ce grand organisme dont nous-mêmes faisons partie, pauvres moi particuliers que nous sommes!

Ceci n'est qu'une induction, sans doute, une hypothèse, une utopie, que je n'entends nullement donner pour plus qu'elle ne vaut. Si je ne puis jurer que le monde, ce prétendu non-moi, ne pense pas, je ne puis pas jurer non plus qu'il pense : cela dépasse mes moyens d'observation. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il y a prodigieusement d'esprit dépensé dans ce non-moi, et que je ne suis pas le seul moi qui l'admire.

Voici donc quelle sera ma conclusion.

Au lieu de chercher la loi de ma philosophie dans un rapport entre moi, qui me considère comme le sommet de l'être, et ce qu'il y a de plus inférieur dans la création et

[English translation]

loves is loved by the one that they love, and that the one who is loved loves the one by whom it is loved. It is even only under these conditions that love exists in its plenitude. Who, then, once more, can guarantee that we alone have thought, and, when we describe that plant, when we analyze that rock, that there is not something in them that looks at us?

I am told that this is repugnant. Why?... Since thought can only result from an organic centralization; since, thus, while I look at my hand, I am quite sure that my hand does not look at me, because my hand is only a part of the organization that produces thought in me, which serves all of my members; so it is the same in plants and rocks, which are, like the hairs and the bones of my body, parts of the great organism (which perhaps thinks, if it does not sleep, though we know nothing of it), but which by themselves do not think.

There we are. The analogies of existence induce us to suppose that, as there is in the organized being a common sensorium, an interdependent life, an intelligence in the service of all the members of which it is the result and which all express it; just as there is in nature a universal life, a soul of the world, which, if it is not acted on from outside, in the manner of our own, because there is no outside for it and because everything is in it, acts within, on itself, contrary to ours, and which is manifested by creating, as a mollusk creates its shell, that great organism of which we ourselves make part, poor individual selves that we are!

This is only an induction, doubtless, a hypothesis, a utopia, that I do not intend to offer for more than it is worth. If I cannot swear that the world, that alleged non-self, does not think, then I can no more swear that it thinks: that would surpass my means of observation. All that I can say is that mind is prodigiously dispensed this non-self, and that I am the only self which admires it.

Here is then what will be my conclusion.

Instead of seeking the law of my philosophy in a relation between myself, which I consider as the summit of being, and and that which is the most inferior in creation and