De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/32

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[original French]

que je répute non pensant, je la chercherai, cette loi, dans un rapport entre moi et un autre moi qui ne sera pas moi, entre l'homme et l'homme. Car je sais que tout homme, mon semblable, est la manifestation organique d'un esprit, est un moi; je juge également que les animaux, cloués de sensibilité, d'instinct, d'intelligence même, quoique à un moindre degré, sont aussi des moi, d'une dignité inférieure,il est vrai, et placés à un plus bas degré sur l'échelle, mais crées d'après un même plan; et comme je ne sais plus alors de démarcation tranchée entre l'animal et la plante, entre celle-ci et le minéral, je me demande si les êtres inorganisés ne sont pas encore des esprits qui dorment, des moi à l'état d'embyron, ou tout au moins les membres d'un moi dont j'ignore la vie et les opérations?

Tout être étant donc censé moi et non-moi, que puis-je faire de mieux, dans cet ambigu ontologique, que de prendre pour point de départ de ma philosophie le rapport, non de moi à moi-même, à la manière de Fichte, comme si je voulais faire l'équation de mon esprit, être simple, indivisible, incompréhensible; mais de moi à un autre moi mon égal et qui n'est pas moi, ce qui constitue une dualité non plus métaphysique ou antinomique, mais une dualité réelle, vivante et souveraine?

En agissant ainsi, je ne cours le risque de faire injure ni grief à personne; j'ai de plus l'avantage, en descendant de l'Humanité vers les choses, de n'en jamais perdre de vue le légitime ensemble; enfin, quelle que soit la différence des natures qui font l'objet de mon exploration, je suis d'autant moins exposé à me tromper, qu'en dernière analyse tout être qui n'est pas égal à moi, est dominé par moi, fait partie de moi, ou bien appartient à d'autres moi mes pareils : en sorte que la loi qui régit les sujets entre eux est rationnellement présumée régir aussi les objets, puisque sans cela la subordination des uns aux autres serait impossible, et qu'entre la Nature et l'Humanité il y aurait contradiction.

Observons de plus que par cette transaction inattaquable, la philosophie, de spéculative devient tout à fait pratique, ou pour mieux dire que les deux points de vue se confondent : la règle de mes actions et la garantie de mes jugements sont identiques.

[English translation]

that I repute to be non-thinking, I will seek that law in a relation between myself and another self which will not be me, between man and man. For I know that every man, my fellow, is the organic manifestation of a mind, is a self; I judge equally that animals, endowed with sensibility, instinct, even intelligence, although to a lesser degree, are also selves, of a lesser dignity, it is true, and placed at a lower degree on the scale, but created according to the same plan; and as I no more know of a demarcation marked between the animals and the plants, or between those and the minerals, I ask myself if the unorganized beings are not still minds which sleep, selves in the embryonic state, or at least the members of a self of which I ignore the life and operations?

Every being being thus supposed self and non-self, what can I do better, in this ontological ambiguity, than to take for the point of departure of my philosophy the relation, not of me to myself, in the manner of Fichte, as if I wanted to make the equation of my mind, simple, indivisible, incomprehensible being; but of myself to another which is my equal and is not me, which constitutes a dualism no longer metaphysical or antinomic, but a real duality, living and sovereign?

By acting thus I do not court the risk of doing injury or grief to anyone; I have more the advantage, in descending from Humanity towards things, of never losing sight of the legitimate ensemble; finally, whatever the difference of natures which makes the object of my exploration, I am so much less exposed to being mistaken, that in the last analysis every being which is not equal to me, is dominated by me, makes a part of me, or else belongs to other selves like me, so that the law which governs the subjects between them is rationally presumed to govern the objects as well, since apart from that the subordination of the ones to the others would be impossible, and there would be contradiction between Nature and Humanity.

Let us further observe that by that unassailable transaction, philosophy, becomes entirely practical instead of speculative, or to put it better, the two points of view merge: the rule of my actions and the guarantee of my judgments is identical.