De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/33

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[original French]

Quelle est maintenant cette Idée princesse, à la fois objective et subjective, réelle et formelle, de nature et d'humanité, de spéculation et de sentiment, de logique et d'art, de politique et d'économie ; raison pratique et raison pure, qui régit à la fois le monde de la création et le monde de la philosophie, et sur laquelle ils construisent l'un et l'autre; idée enfin qui, dualiste par sa formule, exclut néanmoins toute antériorité et toute supériorité, et embrasse dans sa synthèse le réel et l'idéal ?

C'est l'idée de Droit, la Justice.

§ VIII. — La Justice, raison universelle des choses. — Science et conscience.

Le peuple, dans son existence laborieuse, encore plus que les philosophes dans leurs spéculations, a besoin d'une gouverne : il lui faut, avons-nous dit, un guide pour sa raison, une règle pour sa conscience, un point de vue supérieur, d'où il embrasse sa connaissance et sa destinée. Tout cela, il le trouvait dans la religion.

Dieu, le Verbe éternel, avait créé l'homme du limon et l'avait animé de son souffle; Dieu lui avait appris à parler ; Dieu avait imprimé dans son âme les idées de l'infini, de l'éternel, du juste et de l'idéal; Dieu lui avait enseigné la religion, le culte et les mystères; Dieu lui avait livré les éléments de toutes les sciences, en lui dévoilant l'histoire de la création, en faisant comparaître devant lui les animaux et l'invitant à les nommer, en lui rappelant l'origine commune de tous les peuples et la cause de leur dispersion. C'était Dieu qui avait imposé à l'homme la loi du travail, créé et sanctifié la famille, fondé la société, séparé les États, qu'il gouvernait par sa providence. Dieu, enfin, vivant et voyant, principe et fin, tout-puissant, juste et véridique, garantissait à l'homme sa foi, et lui promettait, après un temps d'épreuve sur cette terre, de le récompenser de sa piété par une félicité sans bornes.

La philosophie, qui est la recherche de la raison des choses, en cherchant la raison de Dieu, a perdu Dieu; du même coup la dispersion est entrée dans la connaissance, le doute s'est emparé des âmes, et l'on n'a plus su que

[English translation]

What now is that ruling Idea, at once objective and subjective, real and formal, of nature and humanity, of speculation and sentiment, of logic and art, of politics and economics; practical reason and pure reason, which govern at once the world of creation and the world of philosophy, and which both are constructed; idea finally which, dualistic by its formula, excludes nonetheless all anteriority and all superiority, and embraces in its synthesis the real and the ideal?

It is the idea of Right, Justice.

§ VIII. – Justice, the universal reason of things. — Science and conscience.

The people, in their laborious existence, even more than the philosophers in their speculations, have need of a guide: they need, we have said, a guide for their reason, a rule for their conscience, a superior point of view from which they may embrace their knowledge and their destiny. All this they found in religion.

God, the eternal Word, had created man from clay and had animated him with his breath; God had taught how to him to speak; God had imprinted in his heart the ideas of the infinite, the eternal, the Just and the ideal; God had taught him religion, worship, and the mysteries; God had delivered to him the elements of all sciences by revealing the history of creation to him, making the animals appear before him and inviting him to name them, showing him the common origin of all peoples and the cause of their dispersion. It was God who had imposed on man the law of labor, created and sanctified the family, founded society, and separated the States, which he governed by his providence. God, finally, living and seeing, principle and goal, all-powerful, just and truthful, guaranteed man's faith, and promised, after a time of trials on this earth, to reward him for his piety with a limitless happiness.

Philosophy, which is the search for the reason of things, lost God in the process of seeking God's reason; at the same time, a dispersion took hold of knowledge, doubt gripped men’s souls, and they became unable