De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/34

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[original French]

penser de l'origine de l'homme et de sa fin dernière. Mais cet état d'angoisse ne saurait être que passager : la raison nous rendra, dans des conditions meilleures, ce que nous avait donné la révélation ; et si déjà cette légitime espérance n'est remplie, on peut juger, par un simple aperçu de l'état du savoir humain, de ses conditions et de son ensemble, de combien peu il s'en faut qu'elle ne le soit. Serait-ce un mal, après tout, qu'il manquât toujours quelque chose à notre science? Ne suffit-il pas à notre sécurité, à notre dignité, que nous voyions notre richesse intellectuelle s'accroître indéfiniment?

Il s'agit donc de nous assurer que la Justice, dont nous placerons désonnais le principe et le foyer en nous-mêmee, remplit, comme principe critique et organique, l'objet de la philosophie, que par conséquent elle peut remplacer pour nous, avec avantage, la religion. Privé du céleste soutien, l'homme se reste. Dira-t-il comme Médée : Moi, moi seul, et c'est assez? La philosophie est pour l'affirmative : elle attend de la certitude de ses principesla justification de ses espérances. Voyons maintenant.

Puisque la philosophie est la recherche de la raison des choses, en comprenant dans le mot choses toutes les manifestations de l'être humain; et puisque, d'après cette définition, toute recherche sur la nature ou l'en soi des choses, sur leur substance et leur matérialité, de même que sur toute espèce d'absolu, est exclue de la philosophie, il s'ensuit d'abord que le principe de certitude, l'idée archétype à laquelle doivent se rapporter toutes nos connaissances, doit avant tout être un principe rationnel, tout ce qu'il y a de plus franchement rationnel, de plus éminemment intelligible, de moins chose, si l'on peut ainsi dire.

L'idée de Justice satisfait à cette première condition. Son caractère le plus apparent est d'exprimer un rapport d'autant plus rationnel, on peut le dire, qu'il est formé volontairement, en pleine connaissance de cause, par deux êtres raisonnables, deux personnes. La Justice est synallagmatique, produit, non pas simplement d'une impression du non-moi sur le moi et de l'action de celui-ci sur celui-là, mais d'un échange entre deux moi, qui se connaissent l'un l'autre comme ils se connaissent eux-mêmes, et qui se jurent, sur leur honneur mutuellement garanti, alliance à

[English translation]

to think of anything but the origin of man and his final end. But this state of anguish could only be momentary: under better conditions, reason will render us what revelation had given us; and although this legitimate hope has not yet been fulfilled, we can judge, by a simple outline of the state of human knowledge, as to its conditions and its totality, as to how close it may be to that fulfillment. Is it so bad, after all, that something has always been lacking in our knowledge? Isn't it enough for our security, for our dignity, that we see our intellectual wealth increase indefinitely?

It thus is a question of assuring ourselves that Justice, the principle and the source of which we will from now on locate within ourselves, fulfills, as a critical and organic principle, the object of philosophy, and that consequently it can replace religion for us, to our advantage. Deprived of the support of heaven, man remains himself. Like Medea, he will say: "Myself, myself alone, and is that not enough?"<ref>Loose quotation from Corneille's Medée, I.iv. David Hume references this same passage in his Enquiry Concerning the Principles of Morals: "The confident of Medea in the tragedy recommends caution and submission; and enumerating all of the distresses of that unfortunate heroine, asks her, what she has to support her against her numerous and implacable enemies. 'Myself,' replies she; 'myself, I say, and it is enough'" (7.7).</ref> Philosophy is for the affirmative: it awaits certainty of its principles the justification of its hopes. Let us see now.

Since philosophy is the search for the reason of things, by including under the word things all the manifestations of the human being, and since, according to this definition, any search for the nature or the in-itself of things, for their substance and materiality, just as for any kind of absolute, is excluded from philosophy, it readily follows that the principle of certainty, the archetypal idea to which all our knowledge must be referred, must be, above all, a rational principle, that which is most frankly rational, that which is most eminently intelligible, that which is least a thing, if one can put it thus.

The idea of Justice satisfies this first condition. Its most apparent character is to express a relationship that is all the more rational, one might say, to the extent that it is formed voluntarily, in full knowledge of the cause, by two reasonable beings, two persons. Justice is synallagmatic: it produces not merely the impression of the not-self upon the self and the action of the one upon the other, but an exchange between two selves who know one another as they each know themselves, and who swear, on their mutually guaranteed honor, an alliance in

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