De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/35

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[original French]

perpétuité. On ne trouverait pas, dans toute l'encyclopédie du savoir, une idée de cette hauteur.

Mais il ne suffit pas que la Justice soit le rapport de deux volontés : elle ne remplirait pas son office si elle n'était que cela. H faut qu'elle soit encore réalité et idéalité ; que de plus elle conserve, avec la puissance de synthèse que nous venons de lui reconnaître, un caractère de primordialité suffisante pour servir à la fois de sommet à la pyramide

Philosophique et de principe à toute connaissance. Or, la ustice réunit encore ces avantages : elle est le point de transition entre le sensible et l'intelligible, le réel et l'idéal, les notions de la métaphysique et les perceptions de l'expérience (1).

Ce serait, en effet, entendre étroitement la Justice que de s'imaginer qu'elle n'intervient que dans la confection des codes, qu'elle n'a sa place que dans les assemblées des nations et les tribunaux. Sans doute c'est par ce caractère de souveraineté politique qu'elle s'empare de notre pensée et qu'elle domine le genre humain. Mais cette Justice, dont nous considérons surtout, dans nos rapports avec nos semblables, le commandement, ne s'impose pas avec moins d'autorité à l'entendement et à l'imagination qu'à la conscience ; sa formule régit le monde entier, et partout, s'il est permis de s'exprimer de la sorte, elle nous prêche de précepte et d'exemple.

La Justice prend ainsi différents noms, selon les facultés auxquelles elle s'adresse. Dans l'ordre de la conscience, le plus élevé de tous, elle est la Justice proprement dite,

(1) Kant s'est efforcé de montrer qu'il y avait des jugements synthétiques, à priori, bien que cela impliquât en quelque sorte contradiction, et il avait raison de le penser, puisque, sans un jugement synthétique à priori, l'unité de la construction philosophique est impossible. Hegel a soutenu au contraire que de semblables jugements n'existent pas, et toute sa philosophie, entendue de bonne foi, n'est autre chose que l'analyse, puis la reconstruction d'une synthèse nécessairement conçue à priori. Quelle est donc cette synthèse que Kant affirme et ne trouve pas, que nie Hegel et qu'il démontre ? Ce n'est pas autre chose que la Justice, la notion à la fois la plus complète et la plus primordiale, que Hegel appelle tantôt l'Idée, tantôt l'Esprit ou l'Absolu.

[English translation]

perpetuity. One would not find, in all the encyclopaedia of the knowledge, an idea of this stature.

But it is not enough for Justice to be the relation of two wills: it would not fulfill its office if it were that alone. It is equally necessary that it be reality and ideality; moreover, that it should preserve, along with the power of synthesis that we have just recognized in it, a character of sufficient primordiality to serve simultaneously as the summit of the philosophical pyramid and as the principle of any knowledge. Again, Justice combines these advantages: it is the point of transition between the sensible and the intelligible, the real and the ideal, the concepts of metaphysics and the perceptions of experience. (1)

It would be, indeed, a narrow understanding of Justice that imagines that it intervenes only in the fabrication of laws, that it has its place only in national assemblies and courts. Undoubtedly it is under this aspect of political sovereignty that it enters our thought and dominates mankind. But this Justice, with respect to which, in our relationship with our neighbors, we are especially preoccupied with the enforcement, imposes itself with no less authority on the understanding and the imagination than it does on the conscience; its formula governs the whole world, and everywhere, if it is allowed to express itself in its own way, it preaches to us by precept and example.

Justice thus takes various names, according to the faculties to which it is addressed. Within the order of the conscience, the highest of all, it is Justice itself


(1) Kant endeavoured to show that there were a priori synthetic judgements, although that implied a contradiction to some extent, and he was right to think so, since without an a priori synthetic judgement, the unity of philosophical construction is impossible. Hegel, on the contrary, argued that such judgements do not exist, and all his philosophy, understood in good faith, is nothing but the analysis and then the reconstruction of a synthesis that is necessarily conceived a priori. What, then, is this synthesis that Kant affirms and does not find, that Hegel denies and demonstrates? It is nothing other than Justice, at once the most complete concept and the most paramount, that Hegel calls sometimes the Idea, sometimes the Spirit or the Absolute.