De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/36

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[original French]

règle de nos droits et de nos devoirs; dans l'ordre de l'intelligence, logique, mathématique, etc., elle est égalité ou équation; dans la sphère de l'imagination, elle a nom idéal; dans la nature, c'est l’équilibre. A chacune de ces catégories d'idées ou de faits la Justice s'impose sous un nom particulier et comme condition sine quâ non; à l'homme seul, être complexe, dont l'esprit embrasse dans son unité les actes de la liberté et les opérations de l'intelligence, les choses de la nature et les créations de l'idéal, elle s'impose synthétiquement avec une autorité toujours la même; et c est pour cela que l'individu qui, dans ses relations avec ses semblables, mangue aux lois de la nature ou de l'esprit, manque à la Justice.

L'homme parle : pourquoi? Parce que la société humaine, différente des communautés animales, est établie sur un ensemble incessamment variable de rapports synal- lagmatiques, et que, sans la parole, la détermination de ces rapports, par suite la législation et la Justice, seraient impossibles. C'est pour cela que la formule solennelle de la parole est le serment, l'imprécation et l'anathème; que le menteur est partout réputé infâme, et que chez les peuples civilisés l'homme qui se respecte se dispense, selon le précepte de l'Evangile, de jurer : il donne sa parole. Combien s'ecoulera-t-il de siècles avant que nous ayons aboli cette honte féodale, le serment judiciaire?... C'est par l'influence de même sentiment juridique et de sa formule dualiste, que le langage tend a devenir de plus en plus adéquat à l'idée, et qu'on y remarque ces innombrables formes duelles (rimes, parallélismes, accords en genre, nombre et cas, distiques, oppositions, antonymies, etc.), qui font de la grammaire un système de couples, je dirais presque de transactions.

L'homme raisonne, et sa logique n'est qu'un développement de sa grammaire, dont elle retient les allures copu- latives : toutefois, comme elle s'occupe moins de la forme que du fond, elle se rapproche davantage de la Justice, dont elle est, si l'on me permet cette expression, le secrétaire. Est-ce par hasard, dites-moi, que ce qui n'est que phrase en grammaire, devient en logique jugement? Et si la grammaire est la préparation à la logique, est-il moins vrai de dire que la logique, ayant pour but de nous ap-

[English translation]

regulates our rights and our duties; in the order of intelligence, logic, mathematics, etc, it is equality or equation; in the sphere of imagination, it has ideal name; in nature, it is balance. With each one of these categories of ideas or facts Justice is essential under a particular name and like indispensable condition; with the man alone, complex being, whose spirit embraces in its unity the acts of freedom and the operations of the intelligence, the things of nature and creations of the ideal, it is essential synthetically with an authority always the same one; and therefore the individual who, in his relationships to his similar, lack with the spirit or natural laws, misses with Justice.

Man speaks: why? Because human society, different from the animal communities, is established on a constantly changing totality of synallagmatic relationships, and because, without the word, the determination of these relationships, and consequently legislation and Justice, would be impossible. Therefore the solemn formula of the word is the sermon, the imprecation and the anathema; the liar is everywhere called infamous, and among civilized people, the man who respects himself, according to the precept of the Gospel, eschews swearing: he gives his word. How many centuries will pass before we abolish this feudal shame, the legal oath? … It is through the influence of the same juridical sentiment and its dualistic formula that language tends to to become more and more adequate to the idea, and that one notices there these innumerable dual forms (rhymes, parallelisms, agreements in kind, number and case, distiches, oppositions, antonymies, etc), which make grammar a system of couples, I would say almost transactions.

Man reasons, and his logic is only a development of his grammar, of which he retains the copulative paces: however, as it occupies less form than bottom, it approaches more the Justice, of which it is, if me this expression is allowed, the secretary. Is this by chance, say to me, that what is only sentence in grammar, becomes in logic judgement? And if grammar is the preparation for logic, is it less true to say that logic, having for its goal to teach us