De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/37

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[original French]

prendre à rédiger correctement les arrêts de la Justice, est la préparation à la jurisprudence?

En même temps qu'il reçoit des objets extérieurs des impressions et des images, l'homme, avons-nous dit, s'élève, en vertu de l'identité de sa pensée, à ces notions supérieures qu'on a appelées transcendantales, parce qu'elles dépassent la portée des sens, ou métaphysiques, comme si elles étaient une révélation des choses surnaturelles. Ici encore paraît le dualisme de la Justice. Lorsque Kant, après avoir fait le dénombrement de ses catégories, les distribue ensuite en quatre groupes, formés chacun d'une thèse et d'une antithèse, balancées par une synthèse; lorsque Hégel, suivant cet exemple, construit la philosophie tout entière sur un système d’antinomies, qu'ont-ils fait l'un et l'autre, tout en se trompant sur le rôle et la valeur de la synthèse, que nous révéler cette grande loi qui domine toute leur critique, à savoir que la Justice, notion pure autant que fait d'expérience, est la muse de la métaphysique.

On a dit, c'est Platon, si je ne me trompe, que le beau est le resplendissement du vrai. Cette définition peut plaire à l'artiste, qui ne demande qu'à être impressionné; elle ne suffit pas au philosophe, qui veut à la fois sentir et comprendre. Il est certain que l'idéal est une conception transcendante de la raison, ce qui élève l'art, comme la religion et la Justice, bien au dessus des choses réelles et de simple utilité. Mais comment se forme en nous cette idée de la beauté ? Par quelle transition notre esprit s'élève-t-il de l'aspect des réalités imparfaites et misérables à cette contemplation divine de l'idéal? C'est un artiste qui nous l'enseigne : par la Justice. Le but de l'art, disait Raphaël, est de rendre les choses, non point telles absolument que les pose devant nous la nature, mais telles qu'elle les aurait dû faire, et que nous découvrons, en l'étudiant, qu'elle tend à les faire sans y parvenir jamais. L'être ramené à sa pure et juste forme, sans excès ni défaut, sans violence ni mollesse, voilà l'art. Toutes les fois que l'être, dans sa réalité, se rapproche en quelque chose de son idée, il devient beau, il resplendit, et, sans sortir de ses limites, il prend un caractère d'infini. Justesse dans la forme et dans l'expression, Justice dans la vie sociale : la loi est toujours

[English translation]

how to write the judgments of Justice correctly, is the preparation for jurisprudence?

At the same time as he receives impressions and images of external objects, man, we have said, ascends, under the terms of the identity of his thought, to those higher concepts that are called transcendental, because they exceed the range of the senses, or metaphysical, as if they were a revelation of supernatural things. Here, once again, the dualism of Justice appears. When Kant, after having made the enumeration of his categories, then distributes them into four groups, each one formed of a thesis and of an antithesis, balanced by a synthesis; when Hegel, according to this example, built his entire philosophy on a system of antinomies that produce one another, while being mistaken as to the role and value of the synthesis, reveals to us this great law which dominates his entire critique, namely that Justice, a pure concept as much as it is a fact of experience, is the muse of metaphysics.

It was Plato, if I am not mistaken, who said that the beautiful is the splendor of the truth. This definition may please the artist, who asks only to be impressed; it is not enough for the philosopher, who wants to feel and to understand at the same time. It is quite certain that the ideal is a transcendent conception of reason, which raises art, like religion and Justice, above real things and simple utility. But how is this idea of beauty formed in us? By what transition does our spirit rise from the imperfect and miserable aspects of reality to this divine contemplation of the ideal? It is an artist who teaches it to us: through Justice. The goal of art, said Raphael, is to render things, not absolutely such as nature presents them to us, but such as it should have made them, and such as we discover, in studying nature, that nature tends to make them without ever arriving at it. The being reduced to its pure and just form, without excess or defect, without violence or softness: that is art. Anytime being, in its reality, approximates its idea in some thing, it becomes beautiful, it shimmers, and, without departing from its limitations, it takes on the character of the infinite. Justness in form and expression, Justice in social life: the law is always