De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/39

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[original French]

Ce qui donne la sanction à celle-ci, c'est celle-là. Ce qui fait que nous nous écrions, d'un ton d'orgueil satisfait ou plutôt de conscience satisfaite : C'est évident, c'est que évidence n'est pas seulement en nous un acte du jugement, elle est un acte de la conscience, une sorte d'arrêt en dernier ressort qui délie le mensonge : C'est évident !

La séparation de la science et de la conscience, comme celle de la logique et du droit, n'est qu'une abstraction d'école. Dans notre âme les choses ne se passent point ainsi : la certitude du savoir nous est chose plus intime, plus affective, plus vitale, que ne le disent les logiciens et les psychologues. Aussi, comme on a dit de l'homme de bien qu'il savait être éloquent, vir bonus dicendi peritus, parce qu'il avait de la conscience, pectus est quod disertos facit; on peut dire encore que le savant est incompatible avec le malhonnête homme, et que ce qui édifie en nous la science, c'est la conscience.

Assuré,par la justice, dans sascience et dans sa conscience, trouvant dans son cœur la raison de l'Univers et la raison de lui-même, que faut-il de plus à l'homme ? Et qu'est-ce que les cieux et les vertus des cieux pourraient lui offrir ?...

Ai-je besoin d'ajouter que, cornue la qualité de l'esprit philosophique est la même chez tous les hommes, et comme ils ne diffèrent entre eux, à ce point de vue, que par la somme de leurs connaissances, de même la conscience chez tous est aussi de qualité égale : ils ne diffèrent, sous ce rapport, que par le développement de leur sens moral et la somme de leurs vertus?

C'est en vertu de ce second principe que la Révolution, qui a déclaré tous les citoyens, en raison de l'équivalence de leur jugement, égaux devant la loi, a voulu encore qu'ils fussent tous législateurs et justiciers : électeurs, jurés, juges, arbitres, experts, membres de l'assemblée communale et du conseil de province, représentants du peuple, gardes nationaux; qu'ils eussent tous le droit de publier leurs opinions, de discuter les actes et de contrôler les comptes du gouvernement, de critiquer les lois et d'en poursuivre la réforme.

Démocratie des intelligences et démocratie des consciences : tels sont les deux grands principes de la philosophie, les deux articles de foi de la Révolution.

[English translation]

What gives the sanction to the one is the other. With the result that we exclaim, in a tone of satisfied pride or rather of satisfied conscience: It is obvious, it is that the obviousness is not only in us an act of judgement, it is an act of the conscience, a kind of stop in the last resort which defies the lie: It is obvious!

The separation of science and conscience, like that of logic and right, is only a scholastic abstraction. In our soul, things do not occur thus: the certainty of knowledge is something more intimate to us, more emotional, more vital, than the logicians and the psychologists say. Also, as one said of man, although he could be eloquent, vir bonus dicendi peritus, because he had a conscience, pectus est quod disertos facit, one could also say that the wise man is incompatible with the dishonest man, and that what science builds in us is the conscience.

Assured, by justice, as to his science and his conscience, finding in his own heart the reason of the Universe and the reason of himself, what more does man require? And what could the heavens and the powers of the skies offer to him? …

I have need to add that, as the quality of the philosophical spirit is the same one at all the men, and as they do not differ between them, from this point of view, than by the sum of their knowledge, in the same way the conscience at all is also of equal quality: they differ, under this relation, only by the development of their moral direction and the sum of their virtues?

It is under the terms of this second principle that the Revolution, which declared all the citizens, because of the equivalence of their judgement, to be equal before the law, wanted further to make them all legislators and dispensers of justice: voters, jurors, judges, referees, experts, members of the communal assembly and the provincial council, representatives of the people, guardians of the nation; it wanted to given them all the right to publish their opinions, to discuss the acts and to control the accounts of the government, to criticize the laws and to pursue their reform.

Democracy of the intelligence and democracy of the conscience: such are the two great principles of philosophy, the two articles of faith of the Revolution.