De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/42

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[original French]

tice, sans lui imposer d'autre condition que de faire usage de son bon sens?

Nous dirons donc au Peuple :

La Justice est tout à la fois, pour l'être raisonnable, principe et forme de la pensée, garantie du jugement, règle de la conduite, but du savoir et fin de l'existence. Elle est sentiment et notion, manifestation et loi, idée et fiait ; elle est la vie, l'esprit, la raison universels. De même que, dans la nature, tout concourt, tout conspire, tout consent, selon l'expression d'un ancien, de même en un mot que tout dans le monde tend à l'harmonie et à l'équilibre ; de même aussi, dans la société, tout se subordonne à la Justice, tout la sert, tout se fait à son commandement, d'après sa mesure et en vue d'elle; c'est sur elle que se construit l'édifice des intérêts, et, à cette fin, celui des connaissances : tandis qu'elle-même n'est subordonnée à rien, ne reconnaît hors d'elle aucune autorité, ne sert d'instrument à aucune puissance, pas même à la liberté. C'est de toutes nos idées la plus intelligible, la plus présente et la plus féconde ; de nos sentiments le seul que les hommes honorent sans réserve, et le plus indestructible. L'ignorant la perçoit avec la même plénitude que le savant, et, pour la défendre, devient en un instant aussi subtil que les docteurs, aussi courageux que les héros. Devant l'éclat du droit la certitude mathématique pâlit. Aussi l'édification de la Justice est-elle la grande affaire du genre humain, la plus magistrale des sciences, œuvre de la spontanéité collective bien plus que du génie des législateurs, et qui n'aura jamais de fin.

C'est pourquoi, ô Peuple, la Justice est sévère, et ne souffre pas raillerie. Tout genou fléchit devant elle, et toute tête s'incline. Elle seule permet, tolère, empêche ou autorise : elle cesserait d'être, si elle-même avait besoin, de la part de qui que ce fût, de permission, d'autorisation, ou de tolérance. Tout empêchement lui est un outrage, et tout homme est tenu de s'armer pour le vaincre. Bien différente est la religion, qui n'a pu prolonger sa vie qu'en se faisant tolérante, qui n'existe même plus que par tolérance. C'est assez dire que son rôle est fini. La Justice, au contraire, s'impose, et sans conditions; elle ne souffre rien de contraire à elle, elle n'admet pas de riva-

[English translation]

without imposing any other condition on him to make use of his good sense?

We will thus say to the People:

Justice is simultaneously, for any reasonable being, the principle and form of thought, the guarantee of the judgement, the code of conduct, the goal of knowledge and the end of existence. It is feeling and concept, manifestation and law, idea and action; it is universal life, spirit, and reason. Just as, in nature, all converges, all conspires, all consents, according to the old expression, in the same way, in a word, all the world tends to harmony and balance; in society, likewise, all is subordinated to Justice, all serves it, all is done by its command, according to its measure and for its sake; it is upon its foundation that the edifice of interests is constructed, and, to this end, that of knowledge: while at the same time, it is in itself subordinate to nothing, recognizing no authority beyond itself, serving as an instrument to no power, not even to freedom. It is, of all our ideas, the most understandable, the most present, and the most fertile; of our feelings, the only one that men honour without reserve, and the most indestructible. The ignoramus perceives it as fully as does the wise man, and, to defend it, becomes instantly as subtle as the doctors, as courageous as the heroes. Before the glare of right, mathematical certainty fades. So it is that the construction of Justice is the great enterprise of mankind, the most masterly of sciences, the work of the collective spontaneity much more than of the genius of legislators, and an unending task. We will thus say to the People:

This, O People, is why Justice is severe, and does not suffer mocking remarks. All knees bend before it, and all heads are bowed. It alone allows, tolerates, forbids or permits: it would cease to be, if it required, on behalf of that which it is, any permission, authorization, or tolerance. Any obstacle is an insult to it, and every man is called to arms to overcome it. Quite different is religion, which could not prolong its life except by making itself tolerant, which could not continue to exist without tolerance. It is enough to say that its role is done with. Justice, on the contrary, is fundamental and unconditioned; it suffers no opposition, it admits of no competition,