De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/43

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[original French]

lité, ni dans la conscience, ni dans l'esprit ; et quiconque la sacrifie, fût-ce même à l'Idée, fût-ce à l'Amour, s'exclut de la communion du genre humain. Point de pacte avec l'iniquité, ô démocrates : que ce soit votre devise de paix et votre cri de guerre.

— Mais, nous diront les derniers des chrétiens, votre Justice est le règne de Dieu que l'Évangile nous prescrit de chercher sur toute chose, Qu&rite primitm ret/num Dei et justitiam ejus; c'est le sacrifice que Dieu préfère, Sacrificate sacrificium justitia. Comment donc ne saluez- vous pas plutôt notre Dieu, et rejetez-vous sa religion?

C'est que vous-mêmes, ô adorateurs inconséquents, vous croyez à la Justice encore plus qu'à votre Dieu. Vous affirmez sa parole, non parce qu'elle est divine, mais parce que votre esprit la trouve vraie; vous suivez ses préceptes, non parce que Dieu en est l'auteur, mais parce qu'ils vous semblent justes. La théologie a beau vouloir renverser cet ordre, donner à Dieu la souveraineté et lui subordonner la Justice : le sens intime proteste, et, dans l'enseignement populaire, dans la prière, c'est la Justice qui sert de témoin à la Divinité et de gage à la religion. La Justice est le Dieu suprême, elle est le Dieu vivant, le Dieu tout- puissant, le seul Dieu qui ose se montrer intolérant vis- à-vis de ceux qui le blasphèment, au dessous duquel il n'y a que des idéalités pures et des hypothèses. Priez votre Dieu, chrétiens, la loi vous le permet; mais gardez-vous de le préférer à la Justice, sinon vous seriez traités comme des conspirateurs et des scélérats.

Quel est maintenant l'homme qui, en présence de ee grand principe de Justice, n'aurait pas le droit de se dire philosophe? Autant vaudrait revenir tout de suite à l'antique esprit de caste, renier le progrès de vingt-cinq siècles, soutenir, comme le sénat de la vieille Rome, que le patricien a seul le privilége des formules juridiques et des choses sacrées, et qu'en présence de Jupiter fulgurant l'esclave n'a pas le droit de se dire religieux. Toutes les relations des hommes entre eux sont gouvernées par la Justice ; toutes les lois de la nature dérivent de celle par laquelle les êtres, et les éléments qui les composent, sont ou tendent à se mettre en équilibre ; toutes les formules de la raison se réduisent à l'équation ou à des

[English translation]

neither in the conscience, nor in the spirit; and whoever sacrifices it, was this even with the Idea, was this with the Love, is excluded from the communion of mankind. No peace with iniquity, O democrats: may that be the motto of your peace and your war cry. — But, the last of the Christians will say to us, your Justice is the reign of God that the Gospel prescribes us to seek on any thing, Quœrite primum regnum Bel et justitiam ejus; it is the sacrifice which God prefers, Sacrificate sacrificium justitiœ. How, then, can you not welcome our God, and reject his religion?

It is because you yourselves, oh inconsistent worshippers, believe in Justice even more than you do in your God. You affirm his word, not because it is divine, but because your spirit finds it true; you follow its precepts, not because God is the author, but because they seem to you right. Theology wishes in vain to reverse this order, to give sovereignty to God and to subordinate Justice to him: the intimate sense protests, and, in popular teaching, in prayer, it is Justice that serves as witness to the Divinity and the pledge of the religion. Justice is the supreme God, it is the living God, God the Almighty, the only God who dares be intolerant with respect to those who blaspheme against it, beneath which are nothing but pure idealities and assumptions. Pray to your God, Christians, the law permits it; but be sure that you do not prefer him to Justice, if you would not be treated as conspirators and corrupters.

What man, now, in the presence of this great principle of Justice, would not have the right to call himself a philosopher? As much would be worth to return immediately to the antique spirit of caste, to disavow the twenty-five centuries progress, to support, like the senate of the Rome old woman, that the patrician has only the privilege of the legal formulas and the crowned things, and that in the presence of Jupiter fulgurating the slave the right does not have to say itself religious. All the relations of men with one another are governed by Justice; all natural laws derive from that by which the beings, and the elements which compose them, are or tend to be equilibrized, all the formulas of the reason are reduced to the equation or