De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/45

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[original French]

Or, le peuple possède de son fonds la Justice; il l'a mieux conservée que ses maîtres et ses prêtres ; elle est chez lui de meilleur aloi que chez les doctes qui l'enseignent, les avocats qui la discutent et les juges qui l'appliquent. Le peuple, enfin, par son intuition native et son respect du droit, est plus avancé que ses supérieurs; il ne lui manque, comme il le dit lui-même en parlant des animaux savants, que la, parole. C'est la parole que nous voulons donner au peuple.

Nous donc qui savons parler et écrire, nous n'avons, pour prêcher le peuple et philosopher au nom de la Justice, qu'une chose à faire, c'est de nous inspirer des sentiments de notre auditoire, et de le prendre lui-même pour arbitre. Si la philosophie, dont nous entreprenons l'exposition, est insuffisante, il nous le dira; si nous nous égarons dans nos controverses, si nous nous trompons dans nos conclusions, il nous avertira ; si quelque chose s'offre à lui de meilleur, il le prendra. Le peuple, en ce qui touche la Justice, n'est point, à proprement parler, un disciple, bien moins encore un néophyte. L'idée est en lui : la seule initiation qu'il réclame, comme autrefois la plèbe romaine, est celle des formules. Qu'il ait foi à lui-même, c'esttoutce que nous lui demandons; puis, qu'il prenne connaissance des faits et des lois : notre ministère ne va pas au delà. Nous sommes les moniteurs du peuple, non ses initiateurs.

2. Ce premier avantage en entraîne un autre, non moins précieux : c'est qu'en nous présentant simplement comme des missionnaires du droit, nous n'avons besoin ni de nous prévaloir d'aucune autorité, divine ou humaine; ni de nous poser nous-mêmes confine des génies, des martyrs ou des saints. De la modestie, de la franchise, du zèle, surtout du bon sens, on n'exige de nous rien de plus. Les vérités que nous portons ne sont pas nôtres; elles ne nous ont pas été révélées d'en haut par une grâce de l'Esprit-Saint et nous n'avons pas reçu, pour les débiter, brevet d'invention et de propriété. Ces vérités appartiennent à tout le monde ; elles sont écrites dans toutes les âmes, et l'on ne nous sommera pas, en gage de notre véracité, de les appuyer de prophéties et de miracles. Parlez à l'esclave de liberté, au prolétaire de ses droits, à l'ouvrier de son salaire : tous vous comprendront, et s'ils y voient chance

[English translation]

However, the people possess Justice within themselves; they have preserved it better than their masters and their priests; it is stronger among them than among the savants who teach it, the lawyers who discuss it, and the judges who apply it. The people, finally, in their native intuition and their respect for right, are more advanced than their superiors; they are lacking, as they tell themselves when speaking of the intelligent animals, only the word. It is the word which we want to give to the people.

Thus, we who know how to speak and write, we have but one thing to do, in order to preach to the people and to philosophize in the name of the Justice, which is to inspire ourselves with the feelings of our audience, and to take them for our referee. If the philosophy that we undertake to explicate is insufficient, they will tell us so; if we go astray in our controversies, if we are mistaken in our conclusions, they will inform us; if something better offers itself to them, they will take it. The people, in what concerns Justice, are not, strictly speaking, disciples, much less neophytes. The idea is within them: the only initiation they call for, like the Roman plebs of former times, is that of the formulas. That they have faith in themselves, that is all that we ask of them; then, that it takes note of the facts and the laws: our ministry does not go beyond that. We are the teachers of the people, not their initiators.

2. This first advantage entails another, no less invaluable: it is that while presenting ourselves simply as missionaries of right, we need neither to prevail upon any authority, divine or human, nor to pose as geniuses, martyrs or saints. Modesty, frankness, zeal, above all, good sense – nothing more is required of us. The truths we carry are not ours; they were not revealed to us from on high by grace of the Holy Ghost, and we have no copyright or proprietary patent over them. These truths are shared by everyone; they are inscribed within every soul, and we are not called on, as a proof of our veracity, to apply them to prophecies and miracles. Speak to the slave of liberty, to the proletarian of his rights, to the worker of his salary: all will understand you, and if they see a chance