De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/46

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[original French]

de succès, ils ne s'informeront pas au nom de qui ou de quoi vous leur tenez pareil discours. En matière de justice, la nature nous a créés tous compétents, parce qu'elle nous a donné à tous même faculté et même intérêt. C'est pourquoi nous pouvons faiblir dans notre enseignement sans compromettre jamais notre cause, et qu'aucune différence d'opinion ne saurait amener entre nous de schisme. Le même zèle de la Justice, qui sur un point de doctrine nous aurait divisés, tôt ou tard nous réconciliera. Point d'autorité, point de sacerdoce, point d'églises. Nous tous qui affirmons le droit, nous sommes dans notre croyance nécessairement orthodoxes, par conséquent éternellement unis. L'hérésie dans la Justice est un non-sens. Oh! si les apôtres du Christ avaient su s'en tenir à cet enseignement ! Si les gnostiques avaient osé y revenir! Si Arius, Pélage, Manès, Wiclef, Jean Huss et Luther avaient été de force à 'le comprendre!... Mais il était écrit que le,Verbe populaire aurait pour précurseur le Verbe de Dieu : que tous les deux soient bénis!

3. Mais, dit-on, le peuple est incapable d'une étude suivie; l'abstraction des idees, la monotonie de la science le rebutent. Avec lui, il faut concréter, personnaliser et dramatiser sans cesse, employer l’ithos et le pathos, changer continuellement d'objet et de ton. Entraîné par l'imagination et la passion, réaliste par tempérament, il suit volontiers les empiriques, les tribuns et les charlatans. La ferveur ne se soutient pas ; à chaque instant il retombe dans le matérialisme des intérêts.

Ceci prouve une chose, c'est que le philosophe qui se voue à l'enseignement des masses, instruit lui-même à fond des théories, doit être avant tout, dans ses conférences avec le peuple, un démonstrateur pratique. En cela, du reste, il ne sera pas novateur. Est-ce que l'identité du fait et de la loi, du fond et de la forme, n'est pas l'objet constant des tribunaux? Est-ce que la jurisprudence, dans ses écoles et dans ses livres, procéde autrement que par des formules et des exemples?

Pourquoi, d'ailleurs, en enseignant laJustice, nous priverions-nous de ces deux puissants leviers, la passion et les intérêts? La Justice a-t-elle donc un autre but que d'assurei la félicité publique contre les incursions de

[English translation]

of its success, they will not assert themselves in the name of whoever or whatever you hold them such a discourse. In matters of justice, nature has created all competent, because it has given us all the same faculty and the same interest. This is why we can weaken in our teaching without ever compromising our cause, and that no difference of opinion can lead to a schism between us. The same zeal for Justice that has divided us on a point of doctrine will reconcile us sooner or later. No authority, no priesthood, no churches. All of us who affirm right are in our belief necessarily orthodox, consequently eternally united. Heresy in Justice is a nonsense. Oh! If the apostles of Christ had been able to hold to this teaching! If the Gnostics had dared return to it! If Arius, Pelagius, Manès, Wyclef, Jan Huss and Luther had been strong enough to understand it! . . . But it was written that the popular Word had for its precursor the Word of God: how both are blessed!

3. But, one says, the people is incapable of a course of study; the abstraction of ideas, the monotony of science rebuts it. With them, one must always concretize, personalize and dramatize, employ ethos and pathos, constantly change object and tone. Constrained by imagination and passion, realist by temperament, they voluntarily follow the empirics, tribunes and charlatans. The fervor is not sustained; at every instant, it falls back into the materialism of interests. This proves one thing: the philosopher who devotes himself to teaching the masses instructs himself at base from theories, must be above all, in his lectures to the people, a practical demonstrator. In this, at any rate, he will not be an innovator. Isn’t the identity of the fact and the law, of the content and the form, the constant object of the tribunes? Does jurisprudence, in its schools and its books, proceed other than by formulas and examples?

Why, moreover, in teaching Justice, deprive ourselves of these two powerful levers, passion and interest? Has Justice any other end than to ensure the public happiness against the incursions of