De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/47

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[original French]

l'égoïsme? N'a-t-elle pas pour sanction la misère? Oui, nous voulons que le peuple se sache hautement intéressé à la Justice, et personne ne traitera plus à fond que nous de ses intérêts matériels. S'il est un point sur lequel nous nous proposions de revenir sans cesse, c'est que tout crime et délit, toute corruption publique et privée, tout privilége de corporation, tout arbitraire dans le gouvernement, est pour le peuple une cause immédiate de paupérisme et de deuil.

C'est pour cela que, missionnaires de la démocratie, ayant à combattre les plus détestables passions, le plus lâche et le plus opiniâtre égoïsme, nous entendons ne nous

Sas faire faute de soulever, à l'occasion, par la véhémence e nos discours, l'indignation populaire. La Justice se démontre par le sentiment aussi bien que par la logique. Le code pénal du despotisme appelle cela exciter les citoyens à la haine les uns des autres, au mépris et à la haine dit gouvernement. Serions-nous dupes d'une législation hypocrite, dont le seul but est de paralyser les consciences, afin d'assurer, sous un faux semblant de modération, l'impunité des grands coupables?

La vie de l'homme est courte : le peuple ne peut recevoir que de rares et rapides leçons. A quoi serviraient-elles, si nous ne les rendions aussi positives que son existence; si nous ne mettions enjeu les hommes et les choses ; si, pour saisir les intelligences, nous ne donnions le branle aux imaginations et aux cœurs? Nous sera-t-il défendu, en parlant de la Justice, d'être de notre temps, et ne mériterions-nous pas qu'on nous traitât de faux apôtres, si, comme le voudraient nos adversaires, nous la réduisions à «ne pure abstraction ?

C'est dans la contemporanéité des faits qu'il faut montrer au peuple, comme en un miroir, la permanence des idées. L'histoire de la religion, nous dit l'Église, est une suite non interrompue de miracles. Mais le fidèle n'a pas besoin, pour être convaincu de la vérité de sa croyance, de les avoir vus tous ; il suffit qu'il ait été témoin d'un seul, que dis-je? il suffit qu'il contemple cette Église, dont l'établissement, suivant les docteurs, est lui-même le plus grand des miracles. Il en est ainsi de la Justice. L'histoire de ses manifestations, de ses développements,

[English translation]

egoism? Does it not have poverty for its sanction? Yes, we know that the people feel themselves to be highly interested in Justice, and no one takes their material interests more seriously than we do. If it is a point on which we propose to return constantly, it is that all crimes and misdemeanors, all corporate privilege, all that is arbitrary in government, is for the people an immediate cause of pauperism and sorrow.

This is why, as missionaries for democracy, having to combat the most detestable passions, the cowardly and obstinate egoism, mean never to make the mistake of arousing, by the vehemence of our discourse, the popular indignation. Justice is demonstrated by sentiment as well as by logic. The penal code of despotism calls on this to incite the citizens to hate one another, to mistrust and hate the government. Shall we be the dupes of a hypocritical legislation, of which the sole end is to paralyze consciences in order to assure, under a false appearance of moderation, the impunity of the most guilty parties?

Man’s life is brief: the people can receive but rare and rapid lessons. What purpose does it serve if we do not render them as positive as their existence; if we do not put men and things in play; if, in order to seize minds, we do not give impetus to imaginations and hearts? Shall we scruple, in speaking of Justice, to be of our time, and not merit what is said of us by the false apostles, if, as our adversaries would wish, we reduce it to a pure abstraction?

It is in the contemporaneity of facts that one must show the people, as in a mirror, the permanence of ideas. The history of religion, the Church tells us, is an uninterrupted stream of miracles. But the faithful has no need, in order to be convinced of the truth of his belief, of having seen them all; it suffices that he contemplates this Church, the establishment of which, according to the doctors, is itself the greatest of miracles. Thus it is with Justice. The history of its manifestations, of its developments,