De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/50

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[original French]

libre qui y préside, qu'il est le seul possible. On peut ainsi concevoir, au moins par la pensée, la création comme s'achevant une fois, l'ordre universel se réalisant d'une manière définitive : alors, comme le monde n'aurait plus de raison d'être, puisqu'il aurait atteint sa perfection, tout rentrerait dans l'universel repos. C'est la pensée secrète des religions : La fin des choses, disent-elles, est pour le Créateur, de même que pour la créature, la consommation de la gloire. Mais dépouillez le mythe : sous cette gloire ineffable, vous trouvez l'immobilité, la mort, le néant. Le monde, tiré du néant, c'est à dire de l'immobilité inorganique, amorphe, ténébreuse, retourne, en vertu de sa loi d'équilibre, à l'immobilité; et notre justification n'est pas autre chose que l'œuvre de notre anéantissement. Justice, équilibre, ordre, perfection, c'est pétrification. Le mouvement, la vie, la pensée, sont choses mauvaises; l'idéal, l'absolu, le juste, que nous devons travailler à réaliser sans cesse, c'est la plénitude, l'immobilité, le non-être. Il s'ensuit que, pour l'être intelligent, moral et libre, la félicité est dans la mort, dans la quiétude du tombeau. Tel est le dogme bouddhiste, exprimé par cet apophthegme : II vaut mieux être assis que debout, couché qu'assis, et mort que couché. Telle est aussi la conclusion à laquelle est arrivé un des derniers philosophes de l'Allemagne ; et il est difficile de nier que toute philosophie de l'absolu, de même que toute religion, n'aboutisse au même résultat. Mais le sens commun répugne à cette théorie : il juge que la vie, l'action, la pensée sont des biens ; la morale elle-même yrépugne, puisqu'elle nous ordonne de travailler, d'apprendre et d'entreprendre sans cesse, en un mot, de faire des choses que, d'après notre destinée finale, nous devrions considérer comme mauvaises. Comment sortir de cette contradiction?

Nous croyons que, comme l'espace où tourbillonnent les mondes est infini; le temps infini; la matière, jetée dans l'espace infini, également infinie; par conséquent, la puissance de la nature et la capacité de mouvement infinies : de même, sans pour cela que le principe et la loi de l'univers changent, la création est virtuellement infinie, dans son étendue, dans sa durée et dans ses formes. Sous cette condition inévitable de l'infinité, qui incombe à la

[English translation]

that presides over it, that it is the only possible one. One can thus conceive of creation, at least in its thought, as being completed once, the universal order being realized in a final manner: then, as the world would no longer have a reason to exist, since it would have reached its perfection, all would return to the universal repose. This is the secret thought of the religions: The end of things, they say, is for the Creator, just as for the creature, the consummation of glory. But strip away the mythology: underneath this unutterable glory, one finds immobility, death, nothingness. The world, drawn from nothing, i.e. inorganic immobility, amorphous, dark, returns, under the terms of its law of balance, to immobility; and our justification is nothing other than the work of our annihilation. Justice, balance, order, perfection, is petrification. Movement, life, thought, are bad things; the ideal, the absolute, the Just, which we must continually work to realize, is plenitude, immobility, non-being. It follows that, for the intelligent, moral and free being, happiness is to be found in death, in the quiet of the tomb. Such is the Buddhist dogma, expressed by this apothegm: It is better to sit than stand, to sleep than to sit, and to be dead than to sleep. Such is also the conclusion to which one of the late philosophers of Germany arrived; and it is difficult to deny that any philosophy of the absolute, just as any religion, leads to the same result. But common sense is repelled by this theory: it judges that life, action, thought are good; morality itself is repelled by it, since it gives us constantly to work, to learn, and to undertake, in a word, to do the very things that, according to our final destiny, we should regard as bad. How to escape from this contradiction?

We believe that, as the space in which the worlds whirl about is infinite; time infinite; matter, hurled into infinite space, also infinite; consequently, the power of nature and the capacity for movement infinite: in the same way, without the principle and the law of the universe changing, creation is virtually infinite, in its extent, its duration and its forms. Under this inevitable condition of the infinity, which falls on