De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/51

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[original French]

création, l'hypothèse d'un achèvement, d'une consommation finale, est contradictoire. L'univers ne tend pas à l'immobilisme; son mouvement est perpétuel, parce que lui- même, l'univers, est infini. La loi d'équilibre qui y préside ne le pousse pas à l'uniformité, à l'immobilisme; elle en assure au contraire l'éternel renouvellement par l'économie des forces, qui sont infinies.

Que si telle est la véritable constitution de l'univers, il faut admettre que telle est aussi celle de l'Humanité. Nous ne marchons pas aune perfection idéale, à un état définitif, qu'il dépendrait de nous d'atteindre en un moment, en franchissant par la mort l'intervalle qui nous en sépare. Nous sommes emportés avec l'univers dans une métamorphose incessante, qui s'accomplit d'autant plus sûrement et plus glorieusement que nous y développons nous-mêmes plus d'intelligence et de moralité. Le Progrès reste donc la loi de notre âme, non pas en ce sens seulement que, par le perfectionnement de nous-mêmes, nous devons approcher sans cesse de l'absolue Justice et de. l'idéal ; mais en ce sens que l'Humanité se renouvelant et se développant sans fin, comme la création elle-même, l'idéal de Justice et de beauté que nous avons à réaliser change et s'agrandit toujours.

Ainsi la contemplation de l'infini, qui nous portait au quiétisme, est précisément ce qui nous en guérit : nous sommes participants de la vie universelle, éternelle; et plus nous en reflétons l'image dans notre propre vie, par l'action et la Justice, plus nous sommes heureux. Le petit nombre de jours qui nous est dispensé n'y fait rien : notre perpétuité est dans la perpétuité de notre race, liée elle- même à la perpétuité de l'Univers. Alors même que le globe que nous habitons, et que nous savons maintenant, de science à peu près certaine, avoir eu un commencement, s'effondrerait sous nos pieds et se disperserait dans l'espace, nous ne devrions voir dans cette dissolution qu'une métamorphose locale, qui, ne changeant rien à l'organisme universel, ne pourrait nous causer de désespoir, n'affecterait en rien par conséquent notre félicité. Si la . joie du père de famille au lit de mort est dans la survivance de ses enfants, pourquoi n'en serait-il pas de même de notre humanité terrestre, le jour où elle sentira la vie

[English translation]

creation, the assumption of a completion, of a final consumption, is contradictory. The universe does not tend to an opposition to progress; its movement is perpetual, because the universe itself is infinite. The law of balance which presides over it does not lead it it to uniformity, to an opposition to progress; it assures, on the contrary, eternal renewal by the economy of forces, which are infinite.

That if such is the true constitution of the universe, it should be admitted that such is also that of Humanity. We are not heading for any ideal perfection, for a final state that we might reach in a moment by crossing, through death, the gap that separates us from it. We are carried, along with the rest of the universe, in a ceaseless metamorphosis, which is all the more surely and gloriously achieved as we develop more in intelligence and morality. Peogees thus remains the law of our heart, not in this direction only that, by the improvement of ourselves, we must approach unceasingly absolute Justice and the ideal; but in the sense that Humanity renewing themselves and developing without end, like creation itself, the ideal of Justice and beauty which we have to carry out exchange and always increases.

Thus, the contemplation of the infinite, which led us to quietism, is precisely what cures us of it: we are participants in universal, eternal life; and more we can reflect the image of it in our own life, through action and Justice, the happier we are. The little number of days which is allotted to us has nothing to do with this: our perpetuity is in the perpetuity of our race, which in turn is linked to the perpetuity of the Universe. Even if the very globe upon which we live, which we presently know with some scientific certainty to have had a beginning, would crumble beneath our feet and disperse in space, we should see in this dissolution merely a local metamorphosis, which, changing nothing with respect to the universal organization [l’organisme universel], could not cause us despair, and consequently would not affect our happiness in any way. If the joy of the father of of a family on his deathbed is in the survival of his children, why shouldn't it be the same for our terrestrial humanity, the day or it will feel life