De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/53

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/53/52 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/53/54

[original French]

théologie, répond simplement : Pour réaliser la Justice, exterminer le mal, concourir par la bonne administration de son globe à l'évolution harmonieuse des mondes, et par ce moyen obtenir la plus grande somme de gloire et de félicité, dans son corps et dans son âme

Nous poursuivrons ce questionnaire. Le catéchisme, avec sa mythologie et ses mystères, a servi de base, pendant dix-huit siècles, à l'enseignement du peuple. Aujourd'hui les enfants n'en veulent plus. La philosophie, concrète et positive, venant à son heure, aurait-elle moins de popularité que n'en a eu le catéchisme?

§ XII. — Un mot de la situation.

C'est par leurs principes, religieux ou philosophiques, que vivent les sociétés.

Avant 89, la France était chrétienne : sa monarchie était de droit divin, sa constitution économique établie sur la féodalité. Chrétienne, monarchique et féodale, la nation française pouvait se dire organisée aussi bien dans sa pensée que dans son gouvernement. Elle avait des principes, une doctrine, une tradition, une morale ; elle avait un droit. Sous Louis XIV elle parvint, à l'aide de ses principes, au plus haut degré de puissance et de gloire. Aucune nation ne lui disputait la préséance : fille aînée de l'Eglise, elle marchait à la tête de cent millions de catholiques.

La Révolution de 89 changea cette position, mais ne l'amoindrit pas. De chrétienne, monarchique et féodale qu'avait été la nation, elle devint philosophe, républicaine, egalitaire. Alors aussi, et plus qu'auparavant, elle put se vanter d'avoir des principes, des droits, des mœurs. Sa tradition, qui jusque-là s était confondue avec sa religion, fut déplacée : ce fut la tradition de la raison libre, plus ancienne que la féodalité catholique, plus imprescriptible que le droit divin. Un moment, par cette brusque conversion, la France put se croire isolée au milieu des peuples. Mais elle était devenue initiatrice; bientôt elle put juger que son verbe était partout accueilli. Un incalculable avenir s'ouvrait devant elle; seulement il fallait attendre que la philosophie eût mûri les esprits.

[English translation]

from theology, answers simply: To carry out Justice, to exterminate evil, to contribute by the good administration of his sphere to the harmonious evolution of the worlds, and by this means, to obtain the greatest sum of glory and happiness, in his body and his soul.

We will continue this questionnaire. The catechism, with its mythology and its mysteries, served, for eighteen centuries, as a basis for the instruction of the people. Today, children no longer want it. Would philosophy, concrete and positive, arriving at its moment, prove less popular than the catechism has ever been?

§ XII. — A word about the situation.

It is by their principles, religious or philosophical, that societies live.

Before 89, France was Christian: its monarchy was of divine right, its economic constitution established on feudality. Christian, monarchical and feudal, the French nation could be said to be as well disciplined in its thought as it was in its government. She had principles, doctrines, a tradition, a morals; she had a right. Under Louis XIV it arrived, using its principles, with the more baut degree of power and glory. No nation disputed precedence to him: elder girl of the Church, it walked to the head of one hundred million catholics.

The Revolution of 89 changed this position, but does not reduce it. From the Christian, monarchical, and feudal nation that had been emerged one that was philosophical, republican, and egalitarian. Then as, and more as before, it could be praised to have principles, rights, manners. Its tradition, which up to that point had merged with its religion, was moved: it was the tradition of the free reason, older than catholic feudality, more imprescriptible than the divine right. One moment, by this abrupt conversion, France could believe itself insulated in the middle of the people. But it had become initiating; soon it could judge that its verb was accomodated everywhere. An incalculable future opened in front of it; only it had to wait until philosophy had brought minds to a state of maturity.