De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/54

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

Le tourbillon révolutionnaire dura dix ans.

En 1799, une pensée de conciliation se fit jour, et s'empara du gouvernement. Les esprits étaient divisés ; le pays aspirait au repos. On crut qu'il était possible, moyennant de mutuelles concessions, d'accorder les conquêtes de 89 avec l'ancienne tradition religieuse et monarchique : ce fut toute la pensée de la restauration consulaire. De la meilleure foi du monde, et parce qu'il lui était d'ailleurs impossible de faire mieux, la France se trouva tout à la fois chrétienne et philosophe, monarchique et démocrate, propriétaire et égalitaire. Cet éclectisme était-il fondé en raison, comme il parut l'être, pendant plus d'un demi-siècle, en fait? Il est permis de n'en rien croire. L'accueil fait en 1814 aux Bourbons, porteurs de la Charte, la révolution de 1830, celle de 1848, ont prouvé que ce système de conciliation n'était qu'une œuvre de circonstance, et qu'à mesure que la nation s'imprégnait du nouveau droit, la Révolution prenait une prépondérance de plus en plus décisive. Quoi qu'il en soit, il est certain au moins que la France éclectique et libérale, de même que celle de 89 et 93, de même que la France féodale, eut des principes, des idées, et que sa politique, au dedans et au dehors, en fut l'expression. Des principes! Elle semblait, dans son modérantisme, cumuler les pensées de deux régimes antagoniques : il y avait là, il faut l'avouer, de quoi séduire bien des intelligences. Aussi la puissance française prit-elle, à partir de 99, un développement extraordinaire : l'Europe suivait, entraînée plutôt que vaincue, et l'on ne sait ce qui serait advenu, si le génie de l'empereur et des gouvernements qui lui succédèrent avait été au niveau des aspirations.

Ce système, qui certes avait eu, à la suite de la période, révolutionnaire, sa raison d'être, était-il usé lorsqu à la fin de 1851 Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, s'empara du pouvoir?

Nous inclinons fortement à le croire : c'est même, selon nous, ce qui explique le succès du coup d'État. Le 2 Décembre, et le régime qui s'en est suivi jusqu'à ce jour, ne sont pas le fait d'un homme, ni un incident de l'histoire : c'est une situation. Une génération impure, née en partie depuis la restauration, qui du libéralisme

[English translation]

The revolutionary swirl lasted ten years.

In 1799, a thought of conciliation emerged and seized the government. Minds were divided; the country aspired to rest. It was believed that it was possible, through mutual concessions, to make an accord between the conquests of '89 and the old religious and monarchical tradition: this was the whole intent behind the consular restoration. All in good faith, and because it was in any case impossible for it to do better, France was at the same time Christian and philosophical, monarchical and democratic, propertarian and egalitarian.

Was this eclecticism founded in reason as it appeared to be founded, for more than half a century, in fact? We cannot believe so. The reception given in 1814 to the Bourbons, bearers of the Charter, the revolution of 1830, that of 1848, proved that this system of conciliation was only a work of circumstance, and that as the nation was impregnated with the new right, the Revolution took on an increasingly decisive preponderance. In any case, it is at least certain that the eclectic and liberal France, just like that of ‘89 and ‘93, just like feudal France, had principles, ideas, and that its internal and external policy was the expression of these. Principles! It seemed, in its moderation, to confound the antagonistic thoughts of two modes: many intelligent people, it must be said, were seduced by it. Also, since ‘99, French power took an extraordinary development: Europe followed, involved rather than overcome, and we shall never know what would have happened if the genius of the emperor and of the governments that succeeded him had been equal to their aspirations.

Was this system, which, following the revolutionary period as it did, had certainly had its raison d'être, exhausted when, at the end of 1851, Louis-Napoleon Bonaparte, president of the Republic, seized power?

We are strongly inclined to believe so: this is even, we maintain, what explains the success of the coup d'état. December 2nd, and the regime that has been in place since then, are not the work of one man, nor an incident of history: it is a situation. An impure generation, partly born since the restoration, which never understood liberalism