De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/55

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

ne comprit jamais que le libertinage, de la philosophie du dix-huitième siècle que l'impiété, de la Révolution que la dissolution, de l'éclectisme que le scepticisme, du système parlementaire que l'intrigue, de l'éloquence que le verbiage ; génération avide, grossière comme la glèbe de laquelle elle est sortie, sans dignité, commençait à dominer dans le pays : elle y domine encore. C'est elle qui a inauguré, sous le couvert d'une restauration impériale, le règne de la médiocrité impudente, de la réclame officielle, de l'escroquerie avouée. C'est elle qui déshonore la France et qui l'empoisonne...

Quoi qu'il en soit des causes qui amenèrent si brusquement la fin du juste-milieu, républicain et monarchique, il est un fait, certain : c'est, d'un côté, que la peur de tomber dans un extrême de révolution ou de contre-révolution fitaccepter à la masse le coup d'Etat, et-que cependant, depuis cette date fatale du 2 Décembre, la France, autrefois catholique, monarchique et féodale, puis philosophe et démocrate, en dernier lieu éclectique, conciliatrice et modérée, j'écarte l'épithète mal sonnante de doctrinaire, la France n'a plus eu de principes, plus d'esprit public, plus de tradition, point d'idées, pas même des mœurs.

La France du 2 Décembre ne suit ni l'Évangile, ni la Déclaration des droits ; ce n'est ni une monarchie de droit divin, ni une démocratie selon la Révolution, ni un gouvernement de classes moyennes, à pouvoirs pondérés, comme le voulait la Charte de 1814 et de 1830. L'arbitraire pur, un arbitraire de fantaisie, comme on n'en trouverait nulle part d'exemple 'dans la tradition nationale, ni dans le premier empire, qui, malgré ses exigences militaires, suivait encore des principes; ni dans la dictature de 93, qui certes avait aussi les siens; ni dans la monarchie de Louis XIV, à qui l'on ne saurait reprocher non plus d'en avoir manqué; un arbitraire, enfin, comme Machiavel ne l'eût pas imaginé, car si Machiavel ne recule pas devant le despotisme, du moins le met-il au service d'une idée : voilà où en est la France du 2 Décembre.

On criera, je m'y attends, à la calomnie : on citera la :le constitution de 1852, renouvelée de celle de 1804; l’idée napoléonienne, qui servit dé programme au prince Louis, et cette multitude de déclarations, de messages, de décrets,

[English translation]

but only libertinage, never the philosophy of the eighteenth century but only impiety, never the Revolution but only dissolution, never eclecticism but only skepticism, never the parliamentary system but only intrigue, never eloquence but only verbosity; a greedy generation, as coarse as its own native soil, without dignity, started to dominate in the country: it still dominates there. It is this generation that inaugurated, under cover of an imperial restoration, the reign of impudent mediocrity, official publicity, open swindle. It is this generation that dishonours France and poisons it ...

Whatever the causes that so abruptly brought about the end of the middle course, republican and monarchical, it is an unquestionable fact: it is, on one side, that the fear of falling into an extreme of revolution or counter-revolution drove the masses to accept the coup d’état, and that however, since this fatal date of December 2nd, France, that was once catholic, monarchical and feudal, then philosophical and democratic, finally eclectic, conciliatory and moderate – I will not use the ill-sounding epithet doctrinaire – France no longer had principles, public spirit, tradition, ideas, not even morals.

The France of December 2nd follows neither the Gospel, nor the Declaration of the Rights of Man; it is neither a divine-right monarchy, nor a democracy according to the Revolution, nor a government of the middle classes, with balanced powers, as the Charters of 1814 and 1830 wished to establish. The purely arbitrary, an arbitrary of fantasy, without precedent in the national tradition nor in the first empire, which, in spite of its military exigencies, still followed principles, nor in the dictatorship of ‘93, which certainly also had its principles, nor in the monarchy of Louis XIV, who cannot be reproached for having lacked any; more arbitrary, finally, than Machiavelli had dreamed of, for if Machiavelli does not recoil before despotism, at least he places it at the service of an idea: voilà the France of December 2nd.

One will, I expect, cry calumny: one will quote the constitution of 1852, renewed from that of 1804; the Napoleonic idea, which served Prince Louis as a program, and this multitude of declarations, messages, decrees,