De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/57

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[original French]

Mais on vit bientôt combien cette souveraineté était impuissante à conserver l'unité catholique. D'abord, il y eut le grand schisme,provoqué par la transportation papale; puis la Réforme, qui enleva au saint-siége la moitié de la chrétienté. Dès lors, l'autorité du souverain pontife, sur les catholiques eux-mêmes, a été toujours en diminuant : les rudesses de Louis XIV, le concordat de 1802, la captivité de Savone, en sont des preuves. Détruisez le temporel des papes, et le catholicisme dégénère en protestantisme, la religion du Christ est en poussière. Ceux qui disent que le pape ne sera jamais mieux écouté que lorsqu'il s'occupera exclusivement des affaires du ciel, sont, ou des politiques de mauvaise foi, qui s'efforcent de déguiser sous la dévotion des paroles l'atrocité de l'exécution, ou des catholiques niais, incapables de comprendre que dans les choses de la vie, le temporel et le spirituel, de même que l'âme et le corps, sont solidaires.

Or, en présence de cette papauté chancelante, quelle fut la conduite du juste-milieu français?

Le juste-milieu avait pour principe de concilier la religion et la philosophie, la monarchie et la démocratie, l'Eglise et la Révolution. Il se fût bien gardé en conséquence de toucher à la papauté ; il n'aurait pas osé assumer la responsabilité de cette grande ruine, d'abord, parce qu'il ne se sentait pas en mesure de suppléer, par son propre enseignement, aux idées religieuses; puis, parce que l'heure du protestantisme lui semblait avec raison passée, qu'il n'y avait plus, selon lui, en France, assez de foi pour faire les frais d'une réforme, et qu'il aurait eu honte d'inféoder la conscience du pays pas plus à l'hypocrisie anglicane qu'au théologisme germanique; parce qu'enfin, dans cette grave incertitude, il ne pouvait ni renoncer pour la France à exercer une légitime influence sur 130 millions de catholiques répandus sur toute la surface du globe, ni favoriser la formation d'un État italien dont le voisinage eût amoindri d'autant la prépotence française. Ce n'est pas tout, en effet, d'immoler, sur l'autel de la philosophie, la vieille papauté ; il faut que le temporel n'ait pas à souffrir de cette décapitation du spirituel.

Le gouvernement de Napoléon III n'a eu aucun de ces scrupules. Serait-ce de sa part l'indice d'un changement

[English translation]

But one soon saw how powerless this sovereignty was to preserve Catholic unity. First, there was the great schism caused by the removal of the papal seat; then the Reformation, which removed half of Christendom from the Holy See. Consequently, the authority of the sovereign pontiff, of the Catholics themselves, has been steadily decreasing: the severities of Louis XIV, the legal concordat of 1802, the capture of Savone, are the signs of this decline. Destroy the temporal holdings of the popes, and Catholicism degenerates into Protestantism, the religion of Christ falls into the dust. Those who say that the pope will never be better understood than when he deals exclusively with the affairs of heaven are either speaking in political bad faith, endeavoring to disguise atrocious deeds behind devout words, or foolish Catholics, incapable of understanding that in the affairs of life, the temporal and the spiritual, just like the soul and the body, are interdependent.

However, in the presence of this staggering papacy, what was the line of conduct taken by the French moderates?

The moderates had as their principle the reconciliation of religion and philosophy, monarchy and democracy, Church and Revolution. It was therefore very careful not to touch the papacy; it would not have dared to assume the responsibility for this great ruin, first of all, because they did not feel able to substitute their own teaching for the religious ideas, and secondly, because the hour of Protestantism seemed to them, with good reason, to have passed, according to them, there was no longer enough faith in France to be worth the costs of a Reformation, and it would have been ashamed to indenture the conscience of the country any more to Anglican hypocrisy than to German theology; because, finally, in this serious state of uncertainty, it could neither renounce the legitimate influence exerted by France over 130 million Catholics spread across the surface of the glove nor support the formation of an Italian State whose area would have proportionally reduced the French prepotency. It is, indeed, not a matter of burning the old papacy on the furnace bridge of philosophy; it is necessary that the temporal not have to suffer from this decapitation of the spiritual.