De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/58

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[original French]

de politique, l'annonce d'un retour aux principes?... Après avoir comblé le clergé de ses faveurs, rétabli les communautés religieuses, rappelé les jésuites, rendu à l'Eglise la haute main sur l'enseignement, donné, en toute occasion, des preuves de sa piété; après avoir, pendant dix ans, disputé à l'Autriche, comme avait fait Louis-Philippe, le protectorat du saint-siége , le voilà qui tout à coup, sous prétexte que les événements, qu'il a lui-même provoqués, sont plus forts que lui, que leur logique est inexorable, signifie au souverain Pontife que sa royauté n'est plus de ce siècle, qu'en conséquence il ait à résigner entre des mains laïques le gouvernement de ses États, et daigne accepter des nations catholiques, en dédommagement de son temporel, une rente!...

Pour moi, j'applaudis à la crucifixion de l'Eglise, mais à une condition, c'est que le chef de la nouvelle France nous dira quel spirituel il entend substituer au spirituel catholique ; s'il se propose, à l'exemple des rois de l'Angleterre et des tsars de Russie, de cumuler le principat et le pontificat, ou s'il revient purement et simplement à la Révolution?

Hélas ! j'ai bien peur que Napoléon III ne soupçonne seulement pas qu'on puisse lui adresser des questions pareilles. Expression de son époque, porté au faîte de la puissance par un imbroglio, il a constamment témoigné, comme tous les siens, de son horreur des idées; il ne croit qu'à la matière et à la force. Il ne veut pas de la Révolution : il l'a prouvé par ses lois de salut public en 1851 et 1852 ; il n'a cessé depuis de le proclamer dans tous ses actes tant officiels qu'anonymes et pseudonymes; il vient de le redire dans sa lettre au pape du 31 décembre 1859. Il ne veut pas davantage du juste-milieu bourgeois : il s'est brouillé irréconciliablement avec lui par son coup d'Etat, et il se gardera de s'exposer à sa critique. Napoléon III ne veut, ne peut vouloir, c'est le vice de sa situation bien plus que de sa volonté, d'aucun principe, d'aucune garantie, d'aucune liberté. S'il sacrifie le pape. c'est, il le dit lui-même, parce que les événements le maîtrisent; parce qu'il n'a pas en lui ce qu'il faudrait pour maîtriser les événements, des principes, des idées, une foi, une loi. Mais en même temps qu'il prononce la dé

[English translation]

of policy, the sign of a return to principles? ... After having filled the clergy with his favors, restored the religious communities, recalled the Jesuits, returned control to the Church over its teaching, and given, on all occasions, evidence of his piety; after having disputed the protectorate of the Holy See in Austria for ten years, as had Louis-Philippe, how is it that suddenly, under pretext that the events that he himself has caused are beyond his control, that their logic is inexorable, he tells the Sovereign pontiff that his royalty is no longer for this century, that consequently he has to resign himself to leaving the government of his States in lay hands and condescend to accept from Catholic nations, in compensation for their temporal treasure, a revenue! ...

For my part, I applauded the crucifixion of the Church, but on one condition, that the new chief of France should tell us what spirit he intends to substitute for the Catholic spirit; if he proposes, after the example of the kings of England and the tsars of Russia, to seize the principate and the pontificate, or to return purely and simply to the Revolution?

Alas! I am quite afraid that Napoleon III does not even suspect that one can address such questions to him. As the expression of his time, carried to the crest of power by an imbroglio, he constantly testifies, like all of his supporters, to his horror of ideas; he believes only in matter and force. He does not want a Revolution: he proved that by his public safety laws in 1851 and 1852; since then, he has never stopped proclaiming this in all of his acts, both official and unofficial or pseudonymous; he has just repeated this in his letter to the pope of December 31, 1859. He no longer wants the bourgeois moderates: he broke with them irreconcilably by his coup d'etat, and he will take care not to be exposed to their criticism. By the vice of his situation much more than of his will, Napoleon III does not and cannot want any principle, any guarantee, any freedom. If he sacrifices the pope, it is, as he himself says, because events have forced him to this pass; because he does not have in him what he would require in order to control events, i.e., principles, ideas, a faith, a law. But at the same time that he pronounces the forfeiture