De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/64

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[original French]

tous ses confrères ; 2° d'en avoir fait pour son propre compte, comme tous ses confrères; 3° d'avoir à cet effet tenu un compte de redressement desdits marchés, comme tous ses confrères; 4° enfin, d'avoir bénéficié, quelquefois perdu — tout n'est pas profit dans ce métier — sur les marchés qu'il faisait pour son compte, comme tous ses confrères!... Évidemment, la Cour de cassation et le parquet ne marchaient pas d'accord. La condamnation était impossible. Croit-on que si le procureur impérial avait annoncé sa résolution de pousser l'enquête jusqu'au bout, et de traduire, s'il le fallait, sur le banc des escrocs toute la corporation des agents de change ; si en même temps la Cour de cassation avait flétri la susdite corporation, en la déclarant non recevable en sa demande contre les coulissiers, croit-on, dis-je, que le jury aurait osé répondre : Non coupable? Mais la corporation est un des piliers de l'État, a ce titre réputée sainte et inviolable. Sous Louis-Philippe, les Teste, les Cubière, faisaient l'exception, et le jury condamnait. Aujourd'hui, ils sont la généralité, et le jury acquitte. A un pouvoir sans principes, la vertu même ne réussit pas. A défaut du jury, les pierres crieraient : Hypocrisie !

Soyons justes cependant. Sans doute depuis le 2 Décembre il s est opéré en France un abaissement dans la moralité publique ; la nation a perdu sa propre estime ; elle a le sentiment de son indignité, et, comme de coutume, elle en accuse le gouvernement. Là est le principe qui fera tomber l'empire, si tant est que l'indignité puisse se traduire en indignation. Mais le gouvernement n'est en ceci, comme partout, que l'expression de la conscience du pays ; et si l'on ne peut dire que, par la fidélité avec laquelle il exprime la perdition des âmes, il mérite la reconnaissance des citoyens, on ne peut pas dire non plus qu'il ait mérité leur haine. L'humiliation de la France vient de plus loin que le coup d'État ; Napoléon III, s'il était possible de le faire comparaître devant un jury, n'y aurait qu'une part assez petite. S'imagine-t-on par hasard que, si la dynastie des Bonaparte venait à disparaître, les dispositions du pays fussent changées ? Grave erreur : la France ne peut se refaire que par la Révolution ; elle n'en est pas là. Après des réjouissances comme celles qui suivirent la mort de Com-

[English translation]

like all its fellow-members; 2° to have made some for its own account, like all its fellow-members; 3° to this end to have kept an account of of the aforesaid rectification gone, like all its fellow-members; 4° finally, to have profited, sometimes lost - all is not profit in this trade - on the markets which it made for its account, like all its fellow-members! … Obviously, the Supreme court of appeal and the parquet floor did not go of agreement. The judgment was impossible. One believes that if the imperial prosecutor had announced his resolution to push the investigation until the end, and to translate, if it were needed, on the bench of the swindlers all the corporation of the stockbrokers; so at the same time the Supreme court of appeal had faded the aforesaid corporation, by declaring it nonadmissible in its request against the outside brokers, believes one, say I, that the jury would have dared to answer: Not culprit? But the corporation is one of the pillars of the State, for this reason considered holy and inviolable. Under Louis-Philippe, Tests them, Cubière, made the exception, and the jury condemned. Today, they are the general information, and the jury discharges. With a capacity without principles, the virtue even does not succeed. In the absence of the jury, the stones would shout: Hypocrisy!

Let us be fair, however. Undoubtedly, since December 2, a lowering of public morality has taken place in France; the nation lost its self-regard; it feels its own unworthiness, and, as is habitual, it blames the government for it. There is the principle that will bring down the empire, if its unworthiness can likewise be translated into indignation. But the government is in this, like everywhere, merely the expression of the conscience of the country; and if one can only say of it that, for the fidelity with which it expresses the perdition of their hearts, it deserves the recognition of its citizens, then one cannot say that it has deserved their hatred. The humiliation of France begins to reach farther than the coup d'etat; Napoleon III, if it were possible to summon him before a jury, would have only a rather small share in that. Does one think by chance that, if the dynasty of Bonaparte had suddenly disappeared, the situation of the country would have changed? That would be a serious error. France can remake itself only through the Revolution; it is not there. After rejoicings such as those which followed the death of Commodius,