De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/70

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/70/69 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/70/71

[original French]

§ I. — Etat des mœurs au dix-neuvième siècle. Invasion du scepticisme moral : la société en'péril. Où est le remède?

Et d'abord, qu'y a-t-il de vrai dans la crise actuelle?

Si l'on jette les yeux sur le train du siècle, il semble qu'en effet, comme l'Eglise le dénonce, la situation soit fort compromise.

La France a perdu ses mœurs.

Non pas que les hommes de notre génération soient en effet pires que leurs pères : l'histoire, aujourd'hui mieux connue, des époques antérieures nous donnerait un énergique démenti. Les générations se suivent et s'améliorent : voilà, au total, nonobstant des oscillations incessantes et de déplorables écarts, ce qu'une observation attentive de la vie des peuples révèle jusqu'à présent de plus plausible.

Quand je dis que la France a perdu ses mœurs, j'entends, chose fort différente, qu'elle a cessé de croire à ses principes. Elle n'a plus ni intelligence ni conscience morale, elle a perdu jusqu'à la notion de mœurs.

Nous sommes arrivés, de critique en critique, à cette triste conclusion : que le juste et l'injuste, dont nous pensions jadis avoir le discernement, sont termes de convention, vagues, indéterminables; que tous ces mots Droit, Devoir, Morale, Vertu, etc., dont la chaire et l'école font tant de bruit, ne servent à couvrir que de pures hypothèses, de vaines utopies, d'indémontrables préjugés; qu'ainsi la pratique de la vie, dirigée par je ne sais quel respect humain par des convenances, est au fond arbitraire; que ceux qui parlent le plus de la Justice prouvent de reste, et par l'origine surnaturelle qu'ils lui assignent, et par la sanction extra-mondaine qu'ils lui donnent, et par le sacrifice qu'ils n'hésitent jamais d'en faire aux intérêts établis, et par leur propre conduite, combien peu leur foi est sérieuse; qu'ainsi la véritable règle des rapports de l'homme à l'homme est l'égoïsme, en sorte que le plus honnête est encore celui qui avoue avec le plus de franchise son égoïsme, parce que du moins un tel -homme ne vous prend pas en traître, etc., etc.

Pour tout dire d'un mot, le scepticisme, après avoir dévasté religion et politique, s'est abattu sur la morale : c'est

[English translation]

§ I. — STATE OF MANNERS IN THE NINETEENTH CENTURY. INVASION OF MORAL SKEPTICISM: SOCIETY IN DANGER. WHERE IS THE REMEDY?

And initially, that is there of truth in the current crisis? If one throws the eyes on the train of the century, it seems that indeed, as the Church denounces it, the situation is extremely compromised. France lost its manners. Not that the men of our generation are indeed worse than their fathers: the history, today better known, of the former times would give us an energetic denial. The generations are followed and improve: here, on the whole, notwithstanding ceaseless oscillations and deplorable variations, which an attentive observation of the life of the people reveals until now of more plausible. When I say that France lost its manners, I hear, extremely different thing, that it ceased believing in its principles. It has neither intelligence any more nor moral conscience, it lost until the concept of manners. 251 We have come, from criticism to criticism, to this sad conclusion: that the just and the unjust, which we formerly thought to understand, are terms of convention, vague, indeterminable; that all these words, Right, Duty, Morals, Virtue, etc, whose pulpit and school do such an amount of noise, are serve only to cover pure hypotheses, vain utopias, indemonstrable prejudices; that thus the practice of life, directed by I do not know which human respect by conveniences, is basically arbitrary; that those who speak more, of Justice prove of remainder, and by the supernatural origin that they assign to him, and by the extra-fashionable sanction that they give him, and by the sacrifice which they never hesitate to make with the established interests, and by their own control, how much little their faith is serious; that thus the true rule of the relations of man to man is selfishness, so that most honest is still that which acknowledges with the most frankness its selfishness, because at least such a man does not take to you as a traitor, etc, etc.

For any statement of a word, skepticism, after having devastated religion and policy, fell down on morals: it is