De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/73

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/73/72 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/73/74

[original French]

de dégoûts et d'ennuis, que remplace bientôt et nécessairement l'amour libre.

De même, pour former une société, pour donner aux intérêts des personnes et des familles la sécurité qui est leur premier besoin, sans laquelle le travail se refuse, l'échange des produits et des valeurs devient escroquerie, la richesse un guet-apens pour celui qui la possède, il faut ce que j'appellerai une foi juridique, qui, élevant les âmes au dessus des appétits égoïstes, les rende plus heureuses du respect du droit d'autrui que de leur propre fortune. Sans cela la société devient une mêlée ou la loi du plus fort est remplacée par la loi du plus fourbe, où l'exploitation de l'homme succède au brigandage primitif, où la guerre a pour dernier mot la servitude, et la servitude pour garant la tyrannie.

De même encore, pour former un Etat, pour conférer au pouvoir l'adhésion et la stabilité, il faut une foi politique, sans laquelle les citoyens, livrés aux pures attractions de l'individualisme, ne sauraient, quoi qu'ils fassent, être autre chose qu'un agrégat d'existences incohérentes et répulsives, que dispersera comme poussière le premier souffle. N'avons-nous pas vu, depuis la Révolution, assez de défections et de palinodies ? Comment un pouvoir subsisterait-il quand le mépris a envahi les âmes ; quand ministres, sénateurs, magistrats, généraux, prélats, fonctionnaires, armée, bourgeois et plèbe, sont aussi indiffé- rents au changement de leurs princes que le mobilier de la couronne?

Par le scepticisme, l'attrait purement moral du mariage, de la génération, de la famille, l'attrait du travail et de la cité étant perdu, l'être social se dissout, la population, même tend à s'éteindre. Là est le côté grave de l'immoralité actuelle.

Tous tant que nous sommes que le doute moral a piqués, et qui avons acquis la conscience de notre solitude, nous nous sentons, par cette défaillance en nous de la Justice, diminués de la meilleure partie de nous-mêmes, déchus de notre dignité, ce qui veut dire de notre virtualité sociale.

N'est-ce pas déchéance, en effet, que ce sensualisme féroce, qui nous fait prendre en horreur le mariage et la génération, et nous pousse par l'amour à l'anéantissement

[English translation]

of wearinesses and displeasures, which is quickly and necessarily replaced by free love.

In the same way, to form a society, to give to the interests of persons and families the security which is their first need, without which work is refused, the exchange of products and values becomes swindle, wealth a trap for whoever has it, requires what I will call a juridical faith, which, in elevating souls above egoistic appetites, makes them happier to have respect for the rights of others than they are in their own fortune. Without that, society becomes a fray where the law of the strongest is replaced by the law of the most dishonest, where the exploitation of man by man replaces primitive armed robbery, where war has servitude for its last word, and servitude tyranny for its guarantor.

In the same way still, to form a State, to confer adhesion and stability to power, requires a political faith, without which the citizens, given over to the attractions of sheer individualism, would be unable, no matter what they did, to form anything but an aggregate of incoherent and repulsive existences, which, like dust, would be dispersed by the least breeze. Have we not seen, since the Revolution, enough defections and recantations? How would a power 254 remain there when contempt crept into souls; when ministers, senators, magistrates, generals, prelates, civils servants, the army, the bourgeoisie and the plebs are as indifferent to the change of their princes as to that of the crown’s furniture?

The purely moral attraction of marriage, of procreation, of the family, the attraction of work and city being lost through skepticism, the social being dissolves, the population itself tends toward extinction. Therein lies the serious side of the present immorality.

In so far as we are piqued by moral doubt and have become aware of our solitude, we feel, by this failure of justice in us, diminished in the best part of ourselves, having forfeited our dignity, that is, our social virtuality.

Isn't this a degradation, indeed, that this wild sensualism, which makes us horrified by marriage and procreation, and pushes us, through love, to the destruction