De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/74

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/74/73 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/74/75

[original French]

de l'espèce? Le nombre des avortements et des infanticides a doublé en 1856, dit le dernier rapport sur la justtce criminelle. Le comble de la jouissance est dans la stérilité. Nous n'aurons pas d'enfants, vous disent froidement ces jeunes époux!... A Paris, en 18." , le chiffre des naissances , d'après les statistiques publiées par les journaux, a été de 35,000 : sur ce nombre, 11,000 naissances illégitimes. Des enfants, si nous ne pouvons l'empêcher, soit! mais de 'mariage point. Voilà le siècle. Est-ce le vœu de la nature et de la société? Est-ce le vœu même de l'amour ?

N'est-ce pas déchéance aussi que ce manque de foi à la vertu du prochain et à la nôtre, qui, nous retenant à l'état de guerre latente, nous rend bon gré mal gré indifférents à la cité et à la patrie, insoucieux des intérêts généraux et de la postérité?...

La certitude du droit, avec elle la religion du devoir, abolies dans le cœur des hommes, la société expire donc. Comme nul ne saurait être honnête avec la conviction intime de sa scélératesse, de même nulle société ne saurait subsister avec l'opinion devenue générale qu'elle se compose, en haut et en bas, de canaille.

Science et conscience de la Justice, comme dit un savant professeur, voilà ce qui nous manque, et dont la privation nous fait lentement, ignominieusement mourir. Et voilà ce que la Révolution nous avait promis, ce qu'elle nous eût dès longtemps donné, si le malheur des temps et la faiblesse des âmes n'en eussent retardé la glorieuse et définitive manifestation.

Oui, cette foi juridique, sacramentelle, cette science du droit et du devoir, que nous cherchons partout en vain, que l'Eglise ne posséda jamais et sans laquelle il nous est impossible de vivre, je dis que la Révolution en a produit tous les principes; que ces principes, à notre insu, nous régissent et nous soutiennent, mais que, tout en les affirmant au fond du cœur, nous y répugnons par préjugé , et que c'est cette infidélité à nous-mêmes qui fait notre misère morale et notre servitude.

Depuis soixante-trois ans la Révolution est par nous refoulée, travestie, calomniée, livrée à l'ennemi, dont nous avons repris la bannière. Et notre immoralité a grandi à mesure que nous nous sommes rapprochés du principe

[English translation]

of the species? The number of abortions and infanticides doubled in 1856, said the last report on criminal justice. The summit of pleasure is in sterility. We will not have children, these young husbands tell you coldly!... In Paris, in 1858, the total births, according to the statistics published by the newspapers, were 35,000: added to this number, 11,000 illegitimate births. Children, if we cannot prevent it, shall be! but not by marriage. This is our century. Is this the wish of nature and society? Is this what love itself wishes?

Isn't this degradation also only this lack of faith in the virtue of our neighbors and ourselves, which, keeping us in a state of latent war, renders us, willy-nilly, indifferent to the city and the fatherland, heedless of the common interest and of posterity?...

The certainty of right, and with it, the religion of duty, having been abolished in the hearts of men, society thus expires. As no one could be honest in the intimate conviction of his own corruption, in the same way no society could survive with the opinion become general that it is composed, from top to bottom, of a rabble.

The science and consciousness of Justice, as a wise professor says, is what we lack, and that for lack of which we are slowly, ignominiously dying. And here is what the Revolution had promised us, what it would have long ago given us, if the misfortune of the times and the weakness of souls had not delayed its glorious and definitive demonstration.

Yes, this juridical faith, sacramental, this science of right and duty that we seek everywhere in vain, that the Church never had and without which it is impossible for us to live, I say that the Revolution produced all of its principles; that these principles, without our knowledge, govern us and support us, but that, while them affirming them from the bottom of our hearts, we are repelled from them by prejudice, and that it is this infidelity to ourselves that brings about our moral misery and our constraint.

For sixty-three years we have driven back the Revolution, travestied it, calumniated it, delivered it into the hands of the enemy, whose banner we have taken up. And our immorality grew as we approached the principle