De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/75

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[original French]

contre lequel s'étaient levés, mais que ne surent pas nier nos pères.

§ II. — La Contre-Révolution partout : son impuissance.

La France, et l'Europe à sa suite, est en pleine contre- révolution; toutes deux du même coup en pleine décadence. Ce fait vaut la peine que je m'y arrête : ceux qui s'en plaignent le plus étant loin d'en soupçonner les agents et les causes.

Tout ce qui est sorti de la Révolution, depuis son origine, s'est successivement tourné contre elle, et en combattant la Révolution, a servi la dissolution : Démocratie, Empire , Restauration, Monarchie de Juillet, République de 1848, Système représentatif, Centralisation, Philosophie, Economie politique, Progrès industriel, Institutions de crédit, Socialisme, Littérature.

Constatons, en quelques pages rapides, cet étonnant phénomène.

Démocratie. — Personne n'oserait nier que la Révolution ait eu pour objet d'émanciper les masses et d'assurer la prépondérance du travail sur la propriété. La Révolution est essentiellement démocratique, à tel point que la monarchie elle-même, transformée par la Révolution, a dû se dire, et se dit tous les jours, démocrate.

Et moi aussi, malgré mon dédain des urnes populaires, j'appartiens à la démocratie ; je ne me sépare point d'elle, et nul n'a le droit de m'en exclure. Suis-je donc traître ou scissionnaire parce que je dis que la démocratie est infectée, et que, plus que personne, elle a servi la contre-révolution?

En prenant pour idéal l'utopie de Jean-Jacques, en substituant la politique des instincts à celle des principes, en calquant son gouvernement sur celui de l'absolutisme, la démocratie a abouti au suicide de 93, aux mystiques atrocités de 94, aux défections de thermidor et de brumaire, aux élections trop oubliées de 1800 et 1804, à celles de 1848, 1851 et 1852, que, j'espère, on n'oubliera pas. Quel est le démocrate de bonne foi qui ose à cette heure affirmer la fermeté, la haute sagesse, la raison infaillible de la multitude? Et si vous abandonnez la multitude, si après l'avoir fait voter, vaille que vaille, en lui conduisant

[English translation]

against which our fathers had risen, but which they could not deny.

§ II. — The Counter-Revolution Everywhere: Its Impotence.

France, and Europe in its turn, is in a full state of counter-revolution; both at the same time in full decline. This fact is worth pausing over: those who lament this state of affairs the most loudly are are at the same time those farthest from suspecting its agents and causes.

All that came from the Revolution, since its origin, has successively turned against it, and in fighting against the Revolution, has served the cause of its dissolution: Democracy, Empire, Restoration, July Monarchy, Republic of 1848, Representative System, Centralization, Philosophy, Political Economy, Industrial Progress, Institutions of Credit, Socialism, Literature.

Let us note, in a few brief pages, this astonishing phenomenon.

Democracy. — Nobody would dare to deny that the Revolution had as its goal the emancipation of the masses and the assurance of the preponderance of labor over property. The Revolution is primarily democratic, to such a degree that the monarchy itself, transformed by the Revolution, had to call itself democratic, and to do so continually.

And I myself, in spite of my scorn for popular ballot boxes, belong to democracy; I do not separate myself from it, and no one has the right to exclude me from it. Am I then treacherous or schismatic because I say that democracy is infected, and that it served the counter-revolution more than anything else?

In taking the utopia of Jean-Jacques for its ideal, in substituting the politics of instinct for that of principle, in taking an absolutist model for its government, democracy ended in the suicide of ‘93, in the mystical atrocities of ‘94, in the defections of Thermidor and Brumaire, in the too often forgotten elections of 1800 and 1804, and in those of 1848, 1851 and 1852, which I hope will not be forgetten. What democrat in good faith would dare, at this hour, to assert the steadiness, the high wisdom, the infallible reason of the multitude? And if you abandon the multitude, if after having made it vote, for whatever that was worth, in leading it