De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/80

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

faits les parrains de la féodalité nouvelle. Puis, quand ils se sont vus dénoncés comme intrigants, hypocrites, ennemis du peuple et agents de l'étranger, ils ont crié au loup! sur la Revolution.

Littérature. — Comme elle avait sa métaphysique, son éthique, son économie, sa jurisprudence, la Révolution devait avoir aussi sa littérature. Le mouvement commence à Jean-Jacques Rousseau, se continue par Beaumarchais et Bernardin de Saint-Pierre. Les harangues de la Constituante, de la Législative et de la Convention l'élèvent jusqu'au sublime. Ses ennemis eux-mêmes prennent le diapason : l'antithèse de la Révolution fit tout le génie de de Maistre. Tout à coup, par un de ces revirements si fréquents dans la marche de l'esprit humain, la nouvelle muse quitte son drapeau. Aux réalités sévères, mais incomprises, d'un monde naissant, elle préfère, pour sujet de ses chants, l'idéal vaincu, et nous avons Romantisme. Nous a-t-il assez fait de mal? C'est lui qui, en 1848, à la veille des élections de décembre, reprochait aux socialistes que, s'ils devenaient les maîtres, ils démoliraient Notre-Dame, et des morceaux de la Colonne feraient des gros sous... Maintenant, le romantisme comme l'économisme, comme le philosophisme et tout ce qui a servi la réaction, est usé : mais la corruption qu'il a servie, la servitude qu'il a préparée, les ruines qu'il a amoncelées, tout cela subsiste, et nous n'avons plus de littérature.

N'est-ce pas chose surprenante, qu'une Révolution combattue, abrogée par tous ceux qu'elle a portés dans son sein, et qui ont reçu son baptême? Depuis dix ans, j'ai suivi avec toute l'attention dont je suis capable le courant de l'histoire. Autant que je l'ai pu, j'ai pris connaissance des idées et des actes. A part quelques caractères fortement trempés, et qui se savent, j'ai trouvé, à l'endroit de la Révolution, tout le monde hostile : gens de lettres, gens de loi, gens d'affaires, gens d'école, et gens de partis, poètes, historiens, romanciers, magistrats, spéculateurs; boutiquiers, industriels; universitaires, économistes, électeurs, panthéistes, constitutionnels, impériaux, démocrates ; gallicans, protestants, juifs, néo-chrétiens ; la jeunesse, les femmes,la bourgeoisie,lamultitude, l'employé, le soldat, l'académicien, le savant, le paysan, l'ouvrier, comme le prêtre.

[English translation]

served as godparents to the new feudalism. Then, when they were denounced as conspirators, hypocrites, enemies of the people and foreign agents, they cried "Wolf!" on the Revolution.

Literature. - As it had its metaphysics, its ethics, its economy, and its jurisprudence, the Revolution was also to have its literature. The movement starts in Jean-Jacques Rousseau, is continued by Beaumarchais and Bernardin de Saint-Pierre. The harangues of the Constituent Assembly, the Legislative Assembly and the Convention rise to the level of the sublime. Its enemies themselves take up the tuning fork: the antithesis of the Revolution comprised all de Maistre's genius. Suddenly, by one of these frequent reversals in the progress of the human spirit, the new muse dropped her banner. Instead of the severe but misunderstood realities of an incipient world, she prefers, for the subject of her songs, the overcome ideal, and we have Romantisme. Did it do us enough of evil? It is him which, in 1848, the day before the elections of December, reproached the Socialists that, if they became masters, they would demolish Notre-Dame, and would melt down the pieces of the Column to make coins… Now, romanticism, like economism, philosophism and all that served the reaction, is exhausted: but the corruption it served, the servitude for which it paved the way, the ruins it heaps up, all remain, and we no longer have any literature.

Isn't this a surprising thing, that a Revolution should be fought against and abrogated by all those it carried in its breast, who received its baptism? For ten years, I have followed the current of history with all the attention of which I am capable. As far as I was able, I took note of ideas and acts. Apart from some strongly committed characters whom I myself know, I found all hostile to the Revolution: men of letters, legal men, businessmen, men of the school, and party men, poets, historians, novelists, magistrates, speculators, tradesmen, industrialists, academics, economists, voters, pantheists, constitutionalists, imperials, democrats, gallicans, Protestants, Jews, neo-Christians, youth, women, the bourgeoisie, the multitude, the employee, the soldier, the academician, the scientist, the peasant, the worker, as well as the priest.