De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/81

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

Et comme si la Révolution, en s'éloignant, entraînait la Justice, plus ce monde se montrait hostile, plus je l'ai trouvé corrompu.

La Démocratie, par la bouche de Robespierre, redemande à l'Etre suprême la sanction des droits de l'homme. Aussitôt la notion du droit s'obscurcit, et la corruption, un moment suspendue, reprend sa marche. L'empire, la Restauration, la monarchie bourgeoise se montrent de plus en plus infidèles à leur origine; et la corruption marche. La philosophie et la littérature renient la tradition du dix-huitième siècle; et le platonisme, le romantisme servent d'enluminure à la corruption. L'économie politique se fait malthusienne, et voici que les femmes prennent en horreur le ménage et la maternité. L'Église érige en article de foi la légende pieuse d'une conception immaculée, et jamais pareils soupçons ne planèrent sur les mœurs du sacerdoce.

Si quelque vie nous reste, si tout honneur n'est pas perdu, nous le devons à cette flamme sacrée de la Révolution qu'aucun déluge ne saurait éteindre. Ses conquêtes, ses établissements, ses organes, ses libertés, ses droits, ses garanties, tout a péri : il ne lui reste que l'âme collective, invulnérable, du peuple, de plus en plus fait à son image; et de ce temple inaccessible elle impose sa terreur au monde, en attendant qu'elle lui impose de nouveau sa loi. La Contre-Révolution le sait : Si, dit-elle, je puis être maîtresse pendant deux générations, mon règne est pour jamais assuré! Deux générations lui sufiîraient pour refaire au peuple la conscience et l'entendement. Mais les générations la fuient : jamais la Révolution ne fut plus vivante que depuis le dernier triomphe de la Contre-Révolution. Toute meurtrie et disloquée, la Révolution nous possède; elle nous rallie, nous régit, nous assure; par elle nous espérons et agissons, et tout ce qui nous reste de spontaneité et de vertu lui appartient. Aussi la conscience des peuples, longtemps abusée, se tourne avec amour vers ce Grand-Orient, et le jour où cent hommes, en connaissance de cause, renouvelleront le serment de 93, Liberté — Égalité — Fraternité, la Révolution sera constituée : elle régnera.

De ce qui précède tirons une double conséquence.

[English translation]

And as if the Revolution, in straying from Justice, demanded it, the more this world showed itself hostile to it, the more I found it corrupt.

Democracy, in the mouth of Robespierre, asked the supreme Being for the sanction of human rights. At once the notion of rights is cast into darkness, and corruption, which had been held back for a moment, resumes its march. The empire, the Restoration, the bourgeois monarchy show themselves increasingly disloyal to their origins; and corruption continues. Philosophy and literature disavow the tradition of the eighteenth century; Platonism and romanticism serve as ornaments for corruption. Political economy turns Malthusian, and women conceive a loathing of household and maternity. The Church sets up the pious legend of an immaculate conception as an article of faith, and such suspicions have never fallen on the manners of the priesthood.

If any life remains to us, if any honor is not lost, we owe it to this sacred flame of the Revolution, which no flood could extinguish. Its conquests, its institutions, its organs, its freedoms, its rights, its guarantees, all perished: there remains of it only the invulnerable, collective soul, derived from the people, made more and more in its image; and from this inaccessible temple it imposes its terror on the world, while waiting to impose its law upon it again. The Counter-revolution knows it: If, it says, I can maintain control for two generations, my reign is forever assured! Two generations would be enough for it to remake the conscience and the understanding of the people. But the generations flee it: never was the Revolution more alive than since the last triumph of the Counter-revolution. Thoroughly ravaged and dislocated, the Revolution possesses us; it rallies us, governs us, assures us; through it we hope and act, and all that remains to us of spontaneity and virtue belongs to it. And so the conscience of the people, so long abused, turns with love to this Grand Lodge of France, and the day when a hundred men, with full knowledge of the facts, shall renew the oath of '93, Liberté — Égalité — Fraternité, the Revolution will be made: it will reign.

From the foregoing, let us draw a double conclusion.