De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/82

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/82/81 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/82/83

[original French]

Il y a dans la Révolution quelque chose de fort qui domine les opinions et maîtrise les intérêts, par quoi elle s'impose à ses adversaires et triomphe de toutes les résistances ; comme aussi il y a quelque chose qui soulève contre «Ile les préjugés de caste, de parti, d'école, de profession, d'éducation, de communion, et dont la raison des masses n'a pas su encore se détaire.

Ce qui donne vie à la Révolution est un élément positif, expression de la conscience universelle, que la Révolution a pour objet de déterminer et de construire, pour le salut et la gloire de l'humanité : c'est la Justice.

Ce qui rend la Révolution suspecte ne peut être qu'un élément négatif : c'est la négation du principe sur lequel la Justice, qui doit exister par elle-même, s'est appuyée jusqu'à ce jour, principe incompatible avec la donnée révolutionnaire, mais toujours vivant dans les âmes, et dont l'Église est l'organe.

Ainsi, deux puissances se disputent le monde : l'une née d'hier, qui a toute l'âpreté du fruit vert, et ne demande qu'à croître; l'autre, parvenue à sa maturité, et qui ne s'agite que pour mourir. Ce qui enraie la vie chez la première est la même chose que ce qui retarde la mort chez l'autre; quelle est cette chose? Pour la trouver, sachons d'abord par quelle péripétie l'Église, mère et rivale de la Révolution, est arrivée là.

§ III. — L'Eglise : pourquoi, malgré ses défaites perpétuelles, elle subsiste encore ?

L'existence de l'Eglise n'est pas moins merveilleuse dans sa longue durée que celle de la Révolution dans ses débuts. Toujours battue, elle a survécu à toutes les défaites, elle a grandi par l'humiliation, elle s'est nourrie pour ainsi dire de son adversité même.

Chose étonnante, que personne ne paraît avoir relevée, l'Eglise, qui aime tant à parler de ses triomphes, en réalité n'a jamais triomphé de personne. C'est un vaisseau battu par la tempête, qui de temps à autre recueille une âme tombée à la mer, mais qui jamais n'a coulé bas ni forcé de se rendre, par la puissance de sa doctrine, une autre église. Entre sociétés religieuses, pareille victoire est impossible.

[English translation]

There is something strong in the Revolution that dominates opinions and controls interests, by which it imposes itself upon its adversaries and triumphs over all resistances; as also there is something which raises against it the prejudices of caste, party, school, profession, education, of communion, and whose reason of the masses did not know yet to be demolished.

What gives life to the Revolution is a positive element, the expression of the universal conscience, which the Revolution has the aim of determining and constructing, for the salvation and the glory of humanity: it is Justice.

What renders the Revolution suspect can only be a negative element: it is the negation of the principle on which Justice, which must exist by itself, has heretofore rested, a principle incompatible with the revolutionary principle, but a datum that is always present in the soul, and of which the Church is the organ.

Thus, two powers dispute the world: one that was born yesterday, which has all the roughness of the green fruit, and requires only growth; the other, become ripe, which has only to decay. What chokes off the life of the first is the same as what delays the death of the other; what is this thing? To find it, let us know first by what adventures the Church, mother and rival of the Revolution, has come to this point.

§ III. — The Church: why, in spite of its perpetual defeats, does it still survive?

The existence of the Church is no less marvellous for its long duration than that of the Revolution in its origins. Always beaten, it survived all its defeats; it grew through its own humiliation; it was nourished, so to speak, by its very adversity.

Astonishing thing, that no one appears to have questioned: the Church, which likes so much to boast of its triumphs, has actually never triumphed forever over anybody. It is a storm-tossed vessel that, from time to time, gathers in a soul that has fallen into the sea, but which has never brought low nor forced out another church by the power of its doctrines. Such a victory, among religious societies, is impossible.