De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/84

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/84/83 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/84/85

[original French]

royauté, parlement, science, art, liberté, finalement la Revolution.

L'Eglise n'a pas plus vaincu le paganisme qu'elle n'avait vaincu le judaïsme. D'après un calcul statistique cité par Matter, les chrétiens, lors de l'avénement de Constantin, formaient environ le vingtième de la population de l'empire. Sur tous les points, leurs confréries se composaient e ce que la dissolution générale faisait perdre chaque jour aux religions locales, frappées dans leur principe par e progrès des idées, surtout par la domination impériale. Ceux qui se convertissaient au christianisme étaient déjà perdus pour le paganisme. Loin que l'Eglise ait vaincu le paganisme, elle en a pris, au fur et à mesure, comme elle a fait pour le judaïsme, tout ce qu'elle a pu ; elle en a adopté les codes, la hiérarchie, les institutions, les rites. C'est pour lui plaire, et afin d'entraîner les masses dépossédées de leurs dieux, autant que pour obéir à la logique de son propre mouvement, qu'elle posa, au quatrième siècle, la divinité de son Christ, et que, plus tard elle consacra le culte des images.

Avec les gnostiques, héritiers des anciennes doctrines de l'Egypte, de la Syrie, de la Perse, de l'Inde et de la Grèce, l'Eglise n'en finit qu'en donnant elle-même une gnose, bien moins savante que celle de Valentin, bien moins sévère que celle de Marcion, de Cerdon, de Tertullien; bien moins poétique que celle de Bardesane ; mais telle qu'il la fallait a une multitude grossière, qui voulait avoir ses parfaits, passer pour spirituelle ou pneumatique, et ne supportait pas le reproche de psychisme que lui adressaient les gnostiques.

Or, comme la vitalité d'une église est en raison directe de l'intensité et de l'homogénéité de sa foi, laquelle à son tour est en raison inverse de l'activité intellectuelle qu'elle provoque, les sectes gnostiques, trop livrées à la dialectique, trop métaphysiciennes, trop idealistes, trop libérales dans leur gouvernement, quelques-unes trop suspectes dans leur moralité, s'éteignirent peu à peu faute de recrues, et leurs débris, gardant leurs spéculations in petto, se réunirent au groupe orthodoxe. La force y aida : furent-elles convaincues? Non, certes. Elles donnèrent, dès le commencement, le spectacle de ce qui attendait la grande Eglise

[English translation]

the royalty, Parliament, science, art, freedom, and finally, the Revolution.

The Church did not overcome paganism any more than it had overcome Judaism. According to a statistical calculation quoted by Matter, the Christians, at the time of the advent of Constantine, formed approximately one-twentieth of the population of the empire. On all points, their brotherhoods were composed of what the general dissolution made the local religions lose everyday, struck in their principle by the progress of ideas, especially by the imperial domination. Those which converted with Christianity were already lost for paganism. Far from the Church overcoming paganism, it progressively borrowed from it, as it had from Judaism, all that it could; it adopted from it its codes, its hierarchy, its institutions, its rites. It is in order to please it and to draw in the masses who had been dispossessed of their gods, as much as in obedience to the logic of its own movement, that it posited the divinity of its Christin the fourth century and later on, consecrated the worship of images.

The Church only finishes off the Gnostics, heirs to the old doctrines of Egypt, Syria, Persia, India and Greece, by giving itself a gnosis, much less erudite than that of Valentinus, much less severe than that of Marcion, Cerdon, Tertullian, and much less poetic than that of Bardesane, but such as was demanded by a coarse multitude which wanted to have its perfected ones, to pass for spiritual or pneumatic, and not to bear the charge of psychism with which they reproached the Gnostics.

However, as the vitality of a church is directly proportional to the intensity and homogeneity of its faith, which in its turn is inversely proportional to the mental activity to which it gives rise, the Gnostic sects, too infatuated with dialectics, too metaphysical, too idealistic, too liberal in their self-government, some too suspect in their morality, died out little by little for lack of recruits, and their remnants, keeping their speculations in petto, rejoined the orthodox. Force helped this process along: were they converted? Certainly not. They presented, from the very outset, the spectacle of what awaited the great Church itself,