De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/90

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/90/89 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/90/91

[original French]

ses petits-enfants, contester jusqu'au pain qu'elle mange, jusqu'à la tombe qu'elle s'est choisie?

Ah! c'est que l'âme humaine, bien qu'elle se dise religieuse, ne croit en réalité qu'à son propre arbitre; c'est qu'au fond elle estime sa Justice plus exacte et plus sûre que la justice de Dieu; c'est qu'elle aspire à se gouverner elle-même, par sa propre vertu; c'est qu'elle répugne à toute constitution d'Eglise, et que sa dévorante ambition est de marcher dans sa force et son autonomie.

La foi à la Justice propre, abstraction faite de toute piété, et même contrairement à toute piété : voilà ce qui, depuis le commencement du monde, soulève la guerre contre l'Eglise, et qui anime la Révolution.

Mais de là aussi la resistance que rencontre cette dernière. En tant qu'elle représente la Justice, essence de notre nature, la Eévolution est tout ce que l'homme dans son orgueil estime, ce qui fait la vie et le mouvement des sociétés, et parfois ranime l'étincelle au cœur de l'Eglise même. Mais en tant qu'elle s'affranchit de l'idée divine, la Révolution est suspecte; jusqu'à ce que de façon ou d'autre elle se soit justifiée, son crime pèse sur elle, et le monde, religieux quand même, sacerdotal quand même, hiérarchique quand même, lui demeure hostile.

De la part'des peuples, divisés dans leurs pensées, la sympathie et la méfiance sont donc également acquises à l'Eglise, également acquises à la Révolution. A l'une la considération religieuse, à l'autre la considération juridique. Mais à celle-ci l'horreur qu'inspira de tout temps l'inculpation d'athéisme, à celle-là les colères de la liberté.

[§ IV. — La question est entre la Révolution et l'Eglise.

Une question se produit donc, fatale, et qui n'admet pas de déclinatoire :

La Révolution et l'Eglise, représentant chacune un élément de la conscience, sont-elles appelées à une conciliation ?

Ou bien l'une doit-elle être subordonnée à l'autre?

Ou bien enfin ne serait-ce point que celle-ci ou celle-là doit s'éclipser? Ce qui revient à demander si la Religion et la Justice, au point de vue de la société, ne sont pas de

[English translation]

grandchildren, disputed with over the bread it eats, to the very tomb that it has chosen for itself?

Ah! it is because the human heart, although it believes itself to be religious, actually believes only in its own whim; it is because at bottom, it considers its own Justice more exact and certain than the justice of God; it is because it aspires to rule itself by means of its own virtue; it is because it loathes any constitution of the Church, and its consuming ambition is to walk on its own, in a state of autonomy.

Faith in Justice itself, abstracted from all piety, and even contrary to all piety: here what, since the beginning of the world, wages war against the Church, and what animates the Revolution.

But here, too, is where the latter meets resistance. As it represents Justice, the essence of our nature, the Revolution is all that the man in his pride esteems, that produces the life and movement of societies, and sometimes even revives the spark within the Church itself. But in so far as it breaks away from the divine idea, the Revolution is suspect; until it has justified itself, one way or another, its crime weighs on it, and the world, religious nevertheless, sacerdotal nevertheless, hierarchical nevertheless, remains hostile to it.

On the part of of the people, divided in their thoughts, the Church elicits sympathy and mistrust. To one, religious considerations, to others, legal considerations. But to this one the horror that the inculpation of atheism inspired from time immemorial, to that one the rage for liberty.

[§ IV. — The question is between the Revolution and the Church.

An inescapable question thus arises:

Are the Revolution and the Church, each representing an element of the conscience, called to a conciliation? Or must one be subordinated to the other?

Or, finally, must one or the other be eclipsed? Which amounts to asking whether Religion and Justice, from the point of view of society, are not