De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/91

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/91/90 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/91/92

[original French]

leur nature incompatibles, la première devant se renfermer dans les limites de la conscience, tout au plus dans le cercle de la famille, tandis que la seconde embrasse tout?

Fusion, subordination, ou élimination : il n'y a pas place pour une quatrième hypothèse.

Or, s'il se trouvait que la dernière de ces hypothèses fût la véritable, il deviendrait inutile de disserter plus longtemps sur les deux autres. Il y a donc tout avantage à se demander de prime abord : si la raison théologique n'est pas la négation même de la raison juridique, et vice versa; si par conséquent, tandis que l'Eglise accuse la Révolution du scepticisme et de l'immoralité modernes, ce ne serait pas elle qui, par sa théologie, ayant obscurci de longue main les intelligences, aurait altéré en elles le sens du Droit et produit la dissolution qui nous tue?

Qu'est-ce que la Religion, et qu'est-ce que la Justice? Que sont-elles l'une à l'autre, et quelle est, dans la,vie des peuples, leur fonction respective? Tel est le problème. Il importe de le saisir dans son universalité, à peine de tomber dans de nouvelles et plus déplorables illusions.

Généralement, dans le monde éclairé, on se sépare ostensiblement de la pure orthodoxie. On sourit de la révélation, telle que la proposent les Ecritures; on rejette les prophéties, les miracles, toutes les naïvetés de la légende. Mais on aime à se dire spiritualiste, théiste; on admet volontiers une inspiration, une action permanente du Ciel dans l'Humanité ; on s'incline devant la Providence ; on regarde comme un monument de cette influence d'en haut la propagation de l'Evangile ; on n'est pas loin de dire avec Napoléon que le Christ était plus qu'un homme.

Tout cela a-t-il le sens commun? Est-ce que la révélation et tout ce qui s'ensuit n'est pas impliqué dans l'hypothèse spiritualiste, la théologie déterminée à priori par la notion de Dieu et de ses rapports avec l'homme ; et cette théologie ou théodicée peut-elle être autre chose que le catholicisme?

Je pose simplement ici la question, dont on trouvera, dans le cours de ces Etudes, la solution irréfragable et toute nouvelle.

Or, si le christianisme n'est autre chose que le développement nécessaire, thc'oriquj et pratique, du concept reli-

[English translation]

by their very nature incompatible, the first having to contain itself within the limits of the conscience, at most within the circle of the family, while the second embraces all?

Fusion, subordination, or elimination: there is no place for a fourth assumption.

However, if the last of these assumptions was the true one, it would become useless to develop the two others at any greater length. We thus have every reason to wonder, first of all, if theological reason is not the very negation of juridical reason, and vice versa; if consequently, while the Church blames the Revolution for modern skepticism and immorality, would it not be the Church that, having long darkened intelligences with its theology, has degraded the sense of Right in them and produced the dissolution that is killing us?

What is Religion, and what is Justice? What are they to one another, and what is their respective function in the life of the people? Such is the problem. It is important to grasp it in its universality, unless one is to fall into newer and more deplorable illusions.

Ostensibly, in the enlightened world, one generally distances oneself from pure orthodoxy. One smiles at revelations such as the Scriptures propose; one rejects prophecies, miracles, all the naïvetés of legend. But one likes to be spiritual, a theist; one readily admits inspiration, a permanent action of Heaven within Humanity; one bows before Providence; one looks upon the propagation of the Gospel as a monument to this influence; one is not far from saying, with Napoleon, that Christ was more than a man.

Is all of this compatible with common sense? Are not revelation and all that follows from it implicit in the spiritualistic assumption, theology determined a priori by the concept of God and his relationship with man, and can this theology or theodicy be anything other than Catholicism?

I simply state the question, the irrefutable solution and all developments of which shall be presented in the course of these Studies.

Now, if Christianity is nothing other than the necessary theoretical and practical development of the religious concept,