De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/92

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/92/91 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/92/93

[original French]

gieux, de quelque manière et à si faible degré qu'il se pose, n'est-il pas d'une souveraine déraison, pour ne pas dire d'une insigne mauvaise foi, sous prétexte d'épuration religieuse ou de théologie rationnelle, de ramener les esprits de quinze, vingt ou trente siècles en arrière, et de leur présenter cette rétrogradation comme un progrès?

Nombre de ces mystiques, incapables apparemment d'analyser le principe de leur foi et d'en suivre les conséquences, se prononcent contre le droit divin, affirment la Révolution, se disant en même temps sectateurs d'une Religion naturelle, laquelle, selon eux, se connaîtrait par les seules lumières de la raison, et n'exige ni culte extérieur ni sacerdoce.

Mais toutes ces idées de Dieu, de ciel ou de vie future, de révélation, de sacrements, d'Église, de culte, de sacerdoce, forment, dans l'entendement humain comme dans la pratique des nations, une chaîne indissoluble. La preuve, c'est qu'il existe, à l'état embryonnaire, je ne sais combien d'églises prêtes à s'emparer de la succession du catholicisme, je ne sais combien de papes attendant la mort de Pie IX pour prendre sa tiare.

Il est surtout de mode de protester contre le dogme fondamental de la chute, contre l'enfer et le diable, et cela, en vertu d'un théisme prétendu philosophique, d'une dévotion toute de sens intime. Nos poètes chantent la fin de Satan en bénissant Dieu.

Est-ce donc que toutes ces oppositions ne s'engendrent pas l'une l'autre du même Absolu ? Le dogme du péché originel n'est-il pas le corollaire des idées de religion et de providence, la contre-partie du dogme qui fait de la Justice en nous une impression de la Divinité, d'où suit que Dieu et Diable, pour la raison révolutionnaire, c'est même chose?

On accorde que la Justice est obligatoire, même sans espoir de rémunération ici-bas. Mais on ne renonce pas à l'espoir d'une indemnité dans un monde meilleur; en sorte que ce prétendu Devoir n'est au fond qu'un crédit que nous faisons au Répartiteur souverain : quelle hypocrisie !

On préconise la raison, mais en conservant une estime plus haute encore pour la foi, bien entendu à condition que cette foi n'aura rien de commun avec celle des prêtres. On loue la Justice : mais on met au dessus d'elle l'amour,

[English translation]

religious concept, in whatever manner and to whatever degree it is posed, isn't it sovereign insanity, not to mention a badge of bad faith, to revive, under the pretext of religious purification or rational theology, the spirits of fifteen, twenty or thirty centuries ago, and to present this retrogradation as progress?

Many of these mystics, apparently incapable of analyzing the principle of their faith and deducing its consequences, decide against divine right and affirm the Revolution, at the same time as they call themselves sectarians of a natural Religion, which, according to them, can be known only by the light of reason and requires neither external worship nor priesthood.

But all these ideas of God, heaven or life, revelation, sacraments, church, worship, priesthood, form in the human understanding and in practice of nations, an indissoluble chain. The proof is that there exist in their infancy, I know not how many churches willing to take the succession of Catholicism, I know not how many popes awaiting the death of Pius IX to take his crown.

It is especially fashionable to protest against the fundamental dogma of the fall, the devil, and hell, and that, under an alleged philosophical theism, a devotion to any intimate sense. Our poets sing the end of Satan in blessing God.

Are not all of these objections mutually engendered by the same Absolute? Isn't the dogma of original sin the corollary of the ideas of religion and welfare, the party against which the dogma of Justice in us an impression of the Godhead, which follows that God and Satan, is the same for Revolutionary reason?

One agrees that Justice is mandatory, even without hope of remuneration on earth. But one does not renounce the hope of compensation in a better world, so that the alleged duty is a credit to the fund we are building up with the sovereign Repartitioner: what hypocrisy!

One speaks up for the right, yet retains the highest esteem for faith, provided of course that this faith has nothing in common with that of the priests. Justice is sold out, but we place love above it,