De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/93

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/93/92 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/93/94

[original French]

Nos gens de lettres, femmes et hommes, résument la philosophie sociale en trois mots : crois, aime, travaille. J'affirme, quant à moi, le travail. Mais je fais toutes réserves contre l'amour, et je repousse la foi. L'amour, quand il n'est pas esclave du droit, est le poison des âmes et le dévastateur de la société. Pour ce qui est de la foi, je le répète, il n'y en a pas d'autre que celle de l'Église.

Fatigués de ces disputes, quelques-un s prennent un parti héroïque : c'est de dire qu'il n'y a d'autre religion que la morale; que spiritualisme, théisme, etc., tout cela ne sert de rien, et que ce qui importe est d'être honnête homme.

A la bonne heure : ce discours me plaît, et j'en tire un excellent augure. Mais alors dites ce qu'est la morale, ce qu'est le droit; comment il s'applique aux relations diverses de la vie ; montrez d'où vient sa corruption ; prouvez surtout à ces gens infatués de leur immortalité que la Justice se suffit à elle-même, et que si la Justice se suffit, la vie présente se suffit aussi etu a pas besoin d'une prolongation dans l'éternité. '

C'est ainsi que par une critique supérieure nous sommes conduits à reconnaître, d'un côté, que hors de l'Église chrétienne et catholique, il n'y a ni Dieu, ni théologie, ni religion, ni foi : là comme dans la logique, la morale, les langues, éclate l'unité de l'esprit humain;— d'autre part, que la société doit être fondee sur la Justice pure, raison pratique du genre humain, que l'analyse et l'expérience s'accordent à démontrer incompatible avec la conception d'un monde surnaturel, avec la religion.

D'où cette conclusion décisive :

Que toute l'histoire antérieure de l'humanité, dominée par le principe religieux, forme une période nettement caractérisée, dans laquelle toutes les constitutions politiques et économiques des peuples, leur législation et leur morale, malgré d'innombrables variétés, sont au fond similaires, se résolvant dans la négation des droits de l'homme et du citoyen; — et que la Révolution française, faisant prédominer le principe juridique, ouvre une période nouvelle, un ordre de choses tout contraire, dont il s'agit maintenant pour nous de déterminer les parties.

Irai-je donc à cette heure recommencer, pour le choix d'une religion, une polémique épuisée; disputer avec les

[English translation]

Our persons of letters, women and men, summarize the social philosophy in three words: believe, love, work. For my part, I affirm work. But I have many reservations about love, and I reject faith. Love, when it is not a slave to right, is poison to the soul and the devastator of society. As regards faith, I repeat: there is none other than that of the Church.

Tired of these arguments, some take a heroic stance, saying that there is no religion other than morality; that spiritualism, theism, etc., are all useless, and that what is important is to be an honest man.

Fine: I like this speech, and it augurs well. But then say what morality is, which right is; how it applies to the diverse relations of life; show what causes its corruption; prove especially to these people infatuated with their immortality that Justice suffices unto itself, and that if Justice is enough, the present life is also enough and does not need prolongation into eternity.

Thus, by a higher critique, we are led to recognize, on the one hand, that outside of the Christian and Catholic Church, there is neither God, nor theology, nor religion, nor faith, that there, as in logic, morals, and languages, the unity of the human spirit is broken; on the other hand, that society must be founded on pure Justice, the practical reason of mankind, and that analysis and experience agree in demonstrating its incompatibility with the conception of a supernatural world, with religion.

From whence comes this decisive conclusion:

That all the prior history of humanity, dominated by the religious principle, forms one completely characteristic period in which all the political and economic constitutions of the people, their legislation and their morals, in spite of their innumerable varieties, are basically similar, ending up in the negation of the rights of man and of the citizen; and that the French revolution, in making the juridical principle prevail, inaugurates a new period, an order of things altogether different, of which we are now concerned to determine the components.

Thus, at this time, for the choice of a religion, will I resume an exhausted polemic; argue with the