De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/94

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/94/93 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/94/95

[original French]

sectes; chicaner l'Église, leur maîtresse à toutes, sur ses dogmes et ses mystères ; contester l'authenticité de ses Ecritures, refaire son histoire, dévoiler ses origines, ses empiétements, ses emprunts ; expliquer ses mythes, opposer à sa genèse, à son déluge, à ses théophanies, astronomie, géologie, physique, chronologie, philologie, économie politique, l'encyclopédie tout entière du savoir humain; puis railler son culte, blâmer sa discipline, étaler ses hontes, rappeler ses abaissements et ses vengeances?

Irai-je lui demander compte de son vicariat, comme si je me souciais de ce divin ministère ; dire qu'elle a failli aux inspirations du Très-Haut, comme si je m'instituais prophète à sa place ; prétendre, avec l'auteur de Terre et Ciel, que le temps est propre pour une rénovation de la théologie, que le besoin s'en fait partout sentir, et, sur ce pieux prétexte, me mettre à théologiser de concurrence avec l'épiscopat?....

Non, non, ce n'est pas moi qui donnerai dans de pareilles lubies.

Jamais je n'eusse contesté l'autorité de l'Église , si , comme tant d'autres qui se font ses compétiteurs, j'admettais pour la Justice la nécessité d'une garantie surnaturelle. Je n'aurais pas cette présomption étrange, partant de l'hypothèse que l'idée de Dieu est indispensable à la morale, de me croire plus capable que l'Église, plus capable que le genre humain, qui y a travaillé plus de soixante siècles. de déduire en théorie et de réaliser en pratique une telle idée. Je me serais incliné devant une foi si antique, fruit de la plus savante et de la plus longue élaboration dont l'esprit humain ait donné l'exemple ; je n'aurais point admis un seul instant que des difficultés insolubles dans l'ordre de la science conservassent la inoindre valeur dès qu'il s'agissait de ma foi ; j'aurais pensé que c'était là précisément ce qui faisait le mystère de ma religion, et, pour avoir écharbotté quelques filasses métaphysiques, je ne me serais pas cru un révélateur. J'aurais craint surtout d'ébranler chez les autres, par des attaques imprudentes, une garantie que moi-même j'aurais déclarée nécessaire.

Voilà ce que, dans la logique de mon hypothèse, je n'eusse jamais fait, d'autant moins qu'après tout, comme je le disais tout à l'heure, une semblable controverse,

[English translation]

sects; quibble with the Church, their master in all things, concerning its dogmas and mysteries; dispute the authenticity of its Scriptures, remake its history, reveal its origin, its trespasses, its borrowings; explain its myths, opposing to its Genesis, its Deluge, its theophanies, astronomy, geology, physics, chronology, philology, political economy, the entire encyclopaedia of human knowledge; then scoff at its worship, criticize its discipline, parade its shames, point out its abasements and revenges?

Will I ask it for an account of its vicariate, as I was concerned with this divine mystery; say that it failed the inspirations of the Almighty, as if I were instituted as a prophet in its place; claim, with the author of Terre et Ciel,<ref>the author of Terre et Ciel: Jean Reynaud, Philosophie religieuse, Terre et Ciel (1851).</ref> that the time is right for a restoration of theology, that this need is felt everywhere, and, on this pretext, to place me in a theological competition with the episcopate? …

No, no, it is not I who will give in to such whims.

I would never have disputed the authority of the Church, if, like so many others who stand as its competitors, I admitted the need for a supernatural guarantee for Justice. Granting the hypothesis that the idea of God is essential to morality, I would not have this strange presumption of believing myself more capable than the Church, more capable than mankind, which has labored for more than sixty centuries to deduce such an idea in theory and to realize it in practice. I would have bowed before such an ancient faith, the fruit of the wisest and longest development to which the human mind can testify; I would not have admitted for one moment that insoluble difficulties in the order of science maintained the least value as soon as it concerned my faith; I would have thought that this was precisely what made my religion a mystery, and I would not have believed it revelatory to peel some metaphysical chestnuts. I would have been afraid, above all, to shake in others by imprudent attacks a guarantee that I myself would have declared necessary.

Here is what, on the logic of my assumption, I would never have done, at least after all, as I said a few moments ago, such a controversy,

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