De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/95

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/95/94 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/95/96

[original French]

propre à jeter la perturbation dans les consciences, ne pouvait aboutir à une solution.

Redisons-le donc : l'Eglise, invincible dans son Absolu, a succombé chaque fois que le débat a été porté sur le terrain de la raison. Mais, attendu que l'Absolu n'a jamais été radicalement éliminé, l'Eglise subsiste, quitte à signer des pragmatiques sanctions et des concordats, à simuler un accord de la raison et de la foi, à accommoder ses textes bibliques aux données de la science, à mettre dans ses mœurs un peu plus de réserve, dans son gouvernement un semblant de tolérance.

Comme le roseau de la fable, elle plie et ne rompt pas. Au train dont la mènent ses ineptes rivaux, elle durerait, en pliant toujours, encore dix-huit siècles. Devant la puissance politique, elle plie et elle dure; devant la philosophie, elle plie et elle dure; devant la science, elle plie et elle dure; devant la Réforme, elle plie et elle dure. Et elle durera tant qu'elle ne sera pas attaquée dans son fort, tant que la Révolution, élevant plus haut le débat, n'aura pas débarrassé la Justice de cette sanction divine qui la rend boiteuse, et dont l'Eglise est le suprême représentant.

§. V. — Aperçu de cet ouvrage.

Le lecteur connaît maintenant le plan de ce travail.

La question pour moi est toute autre que ne la posent les mystiques. Au lieu de chercher quelle est, pour la justification et le bonheur de l'humanité, la meilleure des religions, je me demande si la Justice est possible avec aucune religion? Et comme la Justice n'a jamais été exercée ni seulement conçue dans sa pureté et plénitude, qu'elle a été constamment mêlée, pénétrée de théologisme, je demande encore, après avoir constaté comment le droit se corrompt et périt par son union avec la foi, ce qu'il deviendrait abandonné à lui-même, ce que serait la société si, par un effort de conscience, elle se décidait à iaire abstraction dans la pratique de ses conceptions religieuses, et de suivre le Justice toute seule ?

Ainsi je n'établis pas la controverse sur le dogme. Je laisse de côté le dogme et ne chicane point sur les articles de foi. Il se peut que tout ce qu'on raconte de l'essence

[English translation]

suitable to throw the disturbance in the consciences, did not uvait to lead to a solution.

Thus let us repeat it: the Church, invincible in its Absolute, succumbed each time the debate was staged on the terrain of reason. But since the Absolute has never been radically eliminated forever, the Church remains, resigned to signing pragmatic sanctions and concordats, to simulating an accord between reason and faith, to adapting biblical texts to the data of science, to adding a little more reserve to its manners, a pretence of tolerance to its government.

Like the reed in the fable, it bends and does not break. With the train whose inept rivals carry out it, it would last, while folding always, still eighteen centuries. Before political power, it bends and endures; before philosophy, it bends and endures; before science, it bends and endures; before the Reformation, it bends and endures. And it will endure as long as it is not attacked in its fortress, as long as the Revolution has not, in raising the debate to a higher level, removed from Justice this divine sanction that hobbles it, and of which the Church is the supreme representative.

§. V. — Outline of this work.

The reader now knows the plan of this work.

The question for me is rather different than that raised by the mystics. Instead of seeking, for the justification and the happiness of humanity, the best of religions, I ask: is Justice possible with any religion? And since Justice is never exercised or conceived solely in its purity and plenitude, since it must constantly be mixed, penetrated by theologism, I still ask, after having noted how right is corrupted and perishes by its union with faith, that which it becomes abandoned to itself, what society will be if, by a effort of conscience, it decides to abstract its practice from its religious conceptions, and to follow Justice alone?

Thus I do not found the controversy on dogma. I leave dogma aside and do not cavil about articles of faith. It may be that all that is said about the essence