De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/96

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[original French]

de Dieu et du monde surnaturel soit vrai : qu'en puis-je certainement savoir? rien. Sur quoi fondé puis-je le nier? sur rien encore. Il se peut qu'au fond de mon cœur palpite un secret désir de survivance, témoignage d'une destinée ultérieure : je ne me donnerai la peine ni de le vérifier ni de le combattre. Je m'installe à côté de la croyance et lui passe jusqu'à nouvel ordre toutes ses fantaisies. Ma critique se refuse à entrer dans les régions de l'absolu.

Ce que je conteste à la croyance, c'est qu'elle vienne appuyer de ses hypothèses le commandement de la raison pratique, experimentale et positive, dont les révélations me sont données directement en moi-même et par le témoignage de mes semblables; raison, à ce titre, douée d'une certitude et d'une réalité à laquelle aucune théologie ne peut atteindre; raison enfin qui est moi-même, et que je ne puis infirmer sans déshonneur, abdiquer sans suicide.

Si donc, après examen, il se trouvait que la croyance qu'on me présente comme le gage indispensable de la Justice, au lieu de l'assurer, la compromet; si par une conséquence nécessaire l'Eglise, organe de la pensée religieuse, etait en même temps l'agent de notre tentation ; si tel était le principe de toutes les décadences et rétrogradations humaines ; si c'était par là que la Justice, viciée, nous est demeurée jusqu'à ce jour douteuse : alors, sans tolérer davantage une croyance perfide, j'aurais le droit et le devoir de protester contre une caution déloyale, de prendre, contre l'Eglise et contre Dieu même, fait et cause pour la Justice, et de m'en constituer moi-même le garant et le père.

Quiconque a étudié ces questions reconnaîtra qu'en ceci je ne fais qu'appliquer les préceptes de la plus pure orthodoxie. C'est la doctrine des saints, que la damnation devrait être préférée au péché, si par impossible Dieu nous en imposait l'option (1). Or, ce qui n'est pour la théologie


(1) Ce qu'il y a de pire dans la damnation est la haine de Dieu. On sait le mot de sainte Thérèse sur Satan : Le malheureux il n'aime pas. Or, l'amour de Dieu est la même chose que l'amour du bien et du beau moral, dont Dieu est la vivante et éternelle image. D'où résulte que mieux vaudrait subir la damnation, c'est à dire la perte de Dieu et les tortures de l'enfer, que de les avoir méritées par le péché. Ceci ne contredit en rien la doctrine des théologiens rapportée plus bas,

[English translation]

of God and the supernatural world is true: what, then, can I know for certain? Nothing. On what foundation, then, can I deny it? Again, on none. It may be that at the bottom of my heart palpitates a secret desire for survival, the testimony of an ulterior destiny: I will strive neither to verify it nor to contest it. I stand to the side of belief and, in the absence of a new state of affairs, waive all its fantasies. My critique refuses to enter into the regions of the absolute.

What I deny belief is that it should come to support, with its hypotheses, the commandments of practical reason, experimental and positive, the revelations of which are given to me directly in myself and by the testimony of my neighbors; reason, by this title, endowed with a certainty and a reality that no theology can attain; reason, finally, which is myself, and which I may not deny without dishonor, which I may not abdicate without committing suicide. If thus, after examination, it were the case that the belief that one presents to me as the essential pledge of Justice, instead of ensuring it, compromises it; if, by a necessary consequence, the Church, the body of religious thought, were at the same time the agent of our temptation; if such were the principle of all human decadences and retrogradations; if it were by this fact that Justice, vitiated, has remained doubtful to us until now: then, without further tolerating a perfidious belief, I would have the right and the duty to protest against an treacherous guarantee, to take the side of Justice against the Church and even against God, and to constitute myself as its guarantor and parent.

Whoever has studied these questions will recognize that in this I do nothing but apply the precepts of the purest orthodoxy. It is the doctrines of the saints, to whom damnation must be preferred to sin, if, as is impossible, God should impose this choice upon us.(1) However, what is nothing


(1) The worst part of damnation is the hatred of God. One knows the saying of Saint Thérèse about Satan: The poor thing, he is unloved. However, the love of God is the same thing as the love of the good and of moral beauty, of which God is the living and eternal image. From which it follows that it would be better to suffer damnation, i.e. the loss of God and the tortures of hell, than to have earned them by sin. This does not contradict the theologians’ doctrines described below,