De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/99

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[original French]

Qu'est-ce que la mort? Elle nous cause assez d'ennui pour que nous en sachions quelque chose. Nous dira-t-on éternellement qu'elle est la cessation des phénomènes qui empêchent la mort? ou bien, avec les prêtres, qu'elle est la porte de l'éternité? La mort coupe-t-elle la Justice, comme elle coupe le fil des existences?

Qu'entend-on par sanction morale ? Est-elle dans l'humanité ou hors l'humanité? Que de difficultés dans le premier cas ! que de doutes dans le second !

Qu'est-ce que la religion? qu'est-ce que la prière? qu'est-ce que Dieu ? La religion est-elle éternelle ou transitoire comme ses formes ? marchons-nous à une transformation religieuse ou à une résorption de la religion dans la Justice ? En admettant que la religion n'ait été qu'une forme préparatoire de la civilisation, reste toujours à dire quel en a été le rôle, la fonction, le mandat; et comme rien ne se produit dans la vie sociale qui n'ait sa racine dans les entrailles de l'humanité, il faut dire encore à quoi doit se réduire la religion, et quel sera le mode d'exercice de cette faculté dans les âges ultérieurs.

Y a-t-il un système de la société, comme l'ont entendu tous les utopistes anciens et modernes et tous les législateurs? quel est ce système? comment le reconnaître, le prouver? N'y en a-t-il pas ? qu'est-ce alors que l'ordre social ? Et le système social, dans toutes ses manifestations et évolutions, une fois expliqué par le principe qui lui est immanent, principe souverain, immédiat, synthétique, à la fois réel et formel, puissance et idée, dont la négation implique la suprême contradiction, quelle sera l'influence de cette démonstration juridique sur la philosophie générale? La certitude morale embrasse-t-elle, donne-t-elle la certitude spéculative ; la science du droit deviendrait-elle la clef de la science de la nature, et la Justice, enfin, devrait-elle être considérée comme la raison et la réalité souveraines, l'archée, le Dieu, qui régit le monde de la conscience, le monde de l'esprit et le monde des choses?

Grosse entreprise de dégager de la masse des faits humains les principes qui les régissent, de tirer au clair une douzaine de notions que le passé nous a léguées sans les

[English translation]

What death? It causes us enough trouble so that we know something of it. Will it be said to us eternally that it is the suspension of the phenomena which constitute the life, as the life is the totality of the phenomena which prevent death? or, with the priests, who it is the door of eternity? Does death cut off Justice, like it cuts the thread of existence?

What does one understand by moral sanction? Is it within humanity or outside of humanity? That difficulties in the first case! that doubts in the second!

What is religion? What is prayer? What is God? Is religion eternal or transitory, like its forms? Are we heading for a religious transformation or a resorption of religion into Justice? In admitting that religion was only a preparatory form of civilization, it always remains to say in what its role, its function, its mandate consisted; and as nothing occurs in social life that does not have its root in the entrails of humanity, it is still necessary to say to what religion must be reduced and what will be the mode of exercise of this faculty in times to come.

Is there a system of society, as all the old and modern utopians and all the legislators have thought? What is this system? How to recognize it, to prove it? Is there none? What then is the social order? And the social system, in all its demonstrations and evolutions, once explained by the principle which is immanent to him, principle sovereign, immediate, synthetic, at the same time real and formal, power and idea, whose negation implies supreme contradiction, which will be the influence of this legal demonstration on general philosophy? Moral certainty embraces it, gives it speculative certainty; would the science of the right become the key of the science of nature, and justice, finally, should it be regarded as the sovereign reason and reality, arché, God, who governs the world of the conscience, the world of the spirit and the world of the things?

A great enterprise it is to draw from the mass of human facts the principles that govern them, to bring to light a dozen concepts that the past bequeathed us without