De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/100

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[original French]

duit, possède, eu tant qu'atelier ou collectivité, une puissance qui lui est propre : la preuve, c'est que le produit de ces individus ainsi groupés est fort supérieur à ce qu'eut été la somme de leurs produits particuliers, s'ils eussent travaillé séparément.

Pareillement, l'équipage d'un navire, une société en commandite, une académie, un orchestre, une armée,etc., toutes ces collectivités, plus ou moins habilement organisées, contiennent de la puissance, puissance synthétique et conséquemment spéciale au groupe, supérieure en qualité et en énergie à la somme des forces élémentaires qui la composent.

Du reste, les êtres auxquels nous attribuons l'individualité n'en jouissent pas à d'autre titre que les collectifs : ce sont toujours des groupes formés sur une loi de relation, et en qui la force, proportionnelle à l'arrangement autant au moins qu'à la masse, est le principe de l'unité.

D'où l'on conclut, au contraire de l'ancienne métaphysique :

1° Que toute manifestation de puissance étant le produit d'un groupe ou d'un organisme, l'intensité et la qualité de cette puissance peuvent servir, aussi bien que la forme, le son, la saveur, la solidité, etc., à la constatation et au classement des êtres; 2° qu'en conséquence, la force collective étant un fait aussi positif que la force individuelle, la première parfaitement distincte de la seconde, les êtres collectifs sont des réalités au même titre que les individus.

D. — Comment la force collective, phénomène ontologique, mécanique, industriel, devient-elle puissance politique?

R. — D'abord, tout groupe humain, famille, atelier, bataillon, peut être regardé comme un embryon social ; par conséquent la force qui est en lui peut, dans une certaine mesure, former la base du pouvoir politique.

Mais ce n'est pas en général du groupe tel que nous venons de le concevoir que naît la cité, l'Etat. L'Etat résulte de la réunion de plusieurs groupes différents de nature et d'objet, formés chacun pour l'exercice d'une fonction speciale et la création d'un produit particulier, puis ralliés sous une loi commune et dans un intérêt identique. C'est une collectivité d'ordre supérieur, dans laquelle

[English translation]

has, as a workshop or collectivity, a power that belongs to it: the proof of this is that the product of these individuals thus grouped is quite superior to what would have been the sum of their particular products if they had worked separately. Likewise, the crew of a ship, a limited partnership, an academy, an orchestra, an army, etc., all these collectivities, more or less skilfully organized, contain power, a power which is synthetic and consequently specific to the group, superior in quality and energy to the sum of the elementary forces which compose it.

As for the rest, the beings to which we accord individuality do not enjoy it by any title other than that of the collective beings: they are always groups formed according to a law of relation and in which force, proportional to the arrangement at least as much as to the mass, is the principle of unity.

From which one concludes, contrary to the old metaphysics:

1° That any manifestation of power being the product of a group or an organization, the intensity and quality of this power, as well as its form, sound, savor, solidity, etc., can serve for the observation and classification of beings; 2° that consequently, collective force being a fact as positive as individual force, the first perfectly distinct from the second, collective beings are as much realities as individual ones are.

Q. — How does the collective force, an ontological, mechanical, industrial phenomenon, become a political power?

A. — Initially, any human group – family, workshop, battalion – can be looked at as a social embryo; consequently the force which is in it can, to a certain extent, form the base of political power.

But in general it is not from the group such as we have just conceived it that the city, the State is born. The State results from the meeting of several groups different in nature and object, formed each one for the exercise of a special function and the creation of a particular product, then joined under a common law and in an identical interest. It is a collectivity of a higher order,